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[Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi]

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MessageSujet: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Jeu 7 Mai - 14:14

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Les cours venaient de se finir il y a peu. Le ciel s'assombrissait légèrement tandis que le vent soufflait de plus belle, glacial. Malheureusement, le soleil n'était pas assez présent pour réchauffer ceux qui sortaient à l'extérieur, et dans quelques heures, il ne serait même plus la. Mais ça ne me gênait pas plus que ça. Disons qu'après l'hiver que nous avions eut, c'était tout à fait supportable. Les élèves se pressaient au delà des grilles, voulant surement rentrer au plus vite chez eux, lassé par cette journée de cours interminable. D'autres se dirigeaient mollement vers leurs dortoirs, en quête de tranquillité et de repos. J'aurais pu en faire de même, mais... Je n'étais pas encore prête à affronter mes camarades de chambre. J'avais déjà eut assez à supporté pour aujourd'hui. La rentrée, mais quel calvaire ! Je n'avais jamais supporté les cours, les trouvant ennuyeux et trop longs. Oui, longs. Parce que je n'aimais pas rester assise des heures à rien faire, c'était juste barbant. Et même si le niveau de ma classe était avancé, des fois, j'avais l'impression de perdre mon temps. Moins qu'avant, certes, mais enfin. Tout ce que je voulais, c'était retourner au club. Pouvoir être moi même. Sourire aux clients, aguicher deux ou trois hommes, rire avec les hôtesses, discuter avec ma mère... J'aimais cet environnement. Cette décadence comme dirait certains. Mais pour moi, c'était ma vie, mon avenir.

Pourtant, je ne me vantais pas de faire parti de ce milieu. Ma génitrice me l'avait interdit. Et même si ce n'avait pas été le cas, je n'aurais pas été assez stupide pour l'étaler aux yeux de tous. Parce que les gens étaient cons. Ils jugeaient sans connaître, et casaient les autres dans une catégorie avec trop d'aisance. Je n'étais pas une catin. Je profitais juste de la vie. Après tout, que valait une vie si elle n'était que passive ? Pas grand chose à mes yeux. J'avais besoin d'action, de me sentir exister, de savoir qu'on ne m'oublierait pas. Vous trouvez ça stupide ? Pas plus que ne l'est le reste. Mais pour pouvoir vivre sa vie comme on l'entend, il faut de temps à autre faire des sacrifices. Le mien étant de ne pas me dévoiler. De paraître parfaite, pour que personne n'est quoi que ce soit à me reprocher. Certes, il m'arrivait de faire des écarts, et souvent, je ne pouvais m'empêcher de remettre froidement certaines personnes en place. Mais personne ne croyait à ce qu'ils racontaient quand ils se plaignaient. Comment la belle petite Kanon, modèle de la section A pourrait-elle causer des problèmes ? C'était impossible. Encore une étiquette, oui. Mais celle-ci, elle m'était plus qu'utile. Alors j'en prenais grand soin. Il est si aisé de manipuler quand les autres ne savent pas à qui ils ont à faire. Et croyez-moi, je ne m'en privais pas.

Lassée de tout et n'en pouvant plus de ce brouhaha, mes pas m'amenèrent vers l'escalier de secours, qui débouchait sur le toit. Je ne savais trop comment j'étais arrivée ici, mais enfin, maintenant que j'y étais, autant aller au jusqu'au bout. Ce serait l'occasion de s'en griller une tranquillement sans que personne ne puisse en témoigner. J'avais arrêter de fumer il y a de ça un moment, ne voulant pas avoir de problèmes coté poumons, étant une sportive dans l'âme mais enfin... Il faut croire que les interdits sont plus tentants que n'importe quelle permission. Je sortais donc une clope du paquet fraîchement acheté au combini à la pause déjeuner et la portais à mes lèvres, la flamme de mon briquet venant lécher le papier et allumer l'objet de désir. J'humais la fumée avec délice, la sensation de manque disparaissant comme par enchantement, remplacée par la plénitude et effaçant en même temps la fatigue accumulée au cours de la journée. La magie du tabac. 

Je continuais mon ascension lorsque les bribes d'une mélodie me parvinrent pas accoues, portée par le vent. Je n'étais pas seule ? Silencieusement, je gravis les quelques marches qu'il me restait, tandis que mon regard recherchait la source du bruit. Un jeune homme se trouvait un peu plus loin, un violon à la main, affairé à jouer un air que je ne connaissais que trop bien. Je m'avançais alors, restant le plus calme possible pour ne pas le déranger, et me plaçais à sa droite, de sorte que la fumée qui se dégageait de ma cigarette ne vienne pas le déranger. Oui, il m'arrivait d'être prévenante. Même si c'était rare. Mais enfin, j'avais un peu de compagnie, je n'allais pas la faire fuir, non ? Pour une fois que j'avais la chance d'avoir un bon fond musical, et cela sans rien demander, je n'allais pas m'en priver. Je le dévisageais donc en souriant, attendant qu'il finisse son morceau tranquillement. La dernière note parvint à mes oreilles, et je me permettais d'applaudir doucement, pour ne pas lui faire peur au cas où il n'aurait pas senti ma présence.

"Très bon morceau. Je suppose que tu t'es beaucoup entraîner pour arriver à jouer un tel morceau, avec un son d'une telle pureté. Vivaldi, c'est bien ça ?"
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Ven 8 Mai - 7:59
Toutes les bonnes choses ont une fin, et celle des bons moments vient plus rapidement que celle des mauvais. C’est ainsi que les vacances tant attendues par les étudiants laissaient place à la rentrée, et à tous les aléas qui allait avec.
Personne n’aurait pu dire cette année que la rentrée des classes avait été ennuyeuse. La bagarre qui avait éclaté lorsque la nouvelle de l’abolition des murs entre les différentes sections lors des cours d’options avait été annoncée était encore présente dans les esprits des étudiants et des professeurs, et n’aidait en aucune manière à calmer les élèves.

Du calme. Le jeune japonais ne demandait rien d’autre, et cette seule requête ne lui semblait pas si difficile à réaliser ! Et pourtant… Toute la journée durant n’avait régné dans les couloirs qu’une suite incessantes de bavardages et de piaillements, qui s’étaient même propager dans sa classe pourtant si calme. L’homme et les élèves aimaient parler. De ragots, de rumeurs, de leurs désaccords… Était-ce pour compenser le manque cruel d’action dans leurs quotidiens ? Il pouvait le comprendre, mais ce n’était pas pour autant la peine de venir envahir le quotidien des autres en réponse.


C’est ainsi que dès que la dernière sonnerie avait retenti dans l’ensemble du pensionnat, libérant des étudiants déjà fatigués de leur première journée de cours, se précipitant vers leurs clubs, vers la sortie ou les dortoirs, Nowaki avait prit la direction de la salle de musique accompagner de son sempiternel étui à violon qui ne le quittait presque jamais, dans l’espoir de pouvoir se vider la tête en jouant de son instrument de prédilection.
Était-ce la malchance ou le destin qui s’acharnait sur lui ? En raison des travaux qui amputaient le pensionnat de nombre de ses salles- dont des salles de musiques- toutes celles disponibles avaient déjà été prises. Une jeune fille de son cours de violon lui proposa bien de partager avec lui la pièce qu’elle avait réussit à avoir avec quelques uns de ses amis, mais le pianiste déclina. Il voulait du silence. De la solitude. Retrouver sa paix intérieure qui se fissurait légèrement, bien que rien de ces vagues intérieures ne soient visibles sous son masque de froideur et de neutralité.
Un an plus tôt, cela ne l’aurait pas perturbé outre mesure, mais il était plus nerveux que d’ordinaire en ce moment. Minoru était toujours à l’hôpital, et sa sœur était à Londres… Ils n’avaient pas pu partir la voir durant cette semaine de congé, et elle lui manquait énormément. Comme une douleur diffuse, douce et profonde qui s’étirait à partir de son cœur. De plus, bien qu’il se soit forcer à n’y prêter aucune attention, c’était la première rentrée depuis très longtemps qu’il faisait sans elle.


C’est ainsi que ses pieds prirent naturellement la direction du toit, où il venait se réfugier avant qu’il ne passe tout son temps à l’hôpital, pour attendre Juliet, ou pour profiter de la solitude et du calme qui y régnait. Son cousin allait mieux depuis quelques temps, et le jeune homme s’était ainsi permit de manquer l’une de ses quotidienne visite, afin d’aller se retrouver.
Lorsqu’il ouvrit finalement la porte menant au toit, il ne put réprimer un soupire de soulagement, et ferma quelques secondes les yeux tandis qu’il prenait une profonde inspiration. Déjà apaisé par cette mélodie dont il était le seul à percevoir toutes les nuances que chantait le vent en cet instant.


Le soleil qui avait lancer durant toutes les vacances ses chaudes et ardents rayons sur Tokyo avait faiblit, comme si il compatissait silencieusement avec le retours en classes des étudiants. Le temps s’était ainsi rafraichit, et le léger vent qui chantait en permanence ici accentuait cette impression, mais le jeune homme n’avait pas froid, et s’éloignant un peu de la porte par laquelle il venait d’entrer, il posa son étui sur le sol, et l’ouvrit pour en sortir le superbe violon qu’il contenait.
Cet objet était sans doute l’une des choses les plus importantes à ses yeux, et il en prenait extrêmement soin. Tout dans la douceur et le respect de ses gestes le montrait, et c’est d’une caresse pleine de délicatesse qu’il passa son archet sur la colophane, avant de se saisir de son instrument afin de le poser sur son épaule.

Nowaki resta quelques instants immobile. Écoutant le vent qui semblait s’être fait plus discret, comme si lui aussi attendait que la musique commence.
Et il se lança. Brusquement et soudainement, comme un éclair qui éclate brutalement, rompant le ciel nuageux en deux, avant de disparaître ne laissant que son écho résonner dans l’atmosphère.

Mais sa musique n’était pas violente. Il n’avait pas brisé le silence qui planait quelques secondes plus tôt, il l’avait ouvert, et s’en était comme emparé, donnant l’impression qu’il ne jouait pas seulement avec son violon, mais aussi avec le silence.
Le musicien était plongé dans sa musique. Son corps habituellement parfaitement droit et immobile ondulait légèrement aux rythme de la mélodie, et plus qu’avec ses doigts et que ses mains, il jouait avec son âme.


Ainsi, il n’entendit pas l’arrivée de la jeune femme, malgré son audition pourtant développée, et ce n’est que lorsqu’elle applaudit légèrement qu’il remarqua sa présence. Se tournant lentement vers elle, il inclina légèrement le buste pour la remercier, faisant disparaître la rapide expression de surprise qui avait étirés son visage fin et pâle.

« Le Printemps. » Répondit simplement le jeune homme aux mots de la jeune femme, ne pouvant s’empêcher de remarquer ce que symbolisait ce morceau pour un jour comme celui-ci.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Ven 8 Mai - 21:57

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Finalement, mes pas m'avaient mené au bon endroit. Si au départ, mon vagabondage n'était qu'une distraction et un moyen pour me défouler, remuant mes jambes engourdies, désormais, j'étais heureuse d'être ici. Au grand air, en hauteur. J'avais l'impression de surplomber la ville, ce qui me donnait un air de puissance. Les cheveux au vent, j'appréciais le contact de l'air sur ma peau, sans rechigner. Quelques mèches se plaquaient sur mon visage, mais je n'en avais cure. Mon uniforme n'était plus aussi parfaitement ajusté que ce matin non plus. Ma veste était ouverte, mon nœud défait, ainsi que les premiers boutons de ma chemise. Je me sentais plus libre ainsi. A vrai dire, je me sentais totalement libre, comme s'il suffisait que je saute pour m'envoler. Une sourire vint manger la moitié de mon visage, lumineux, emplit de bonheur. Ce que ça faisait du bien de se sentir ainsi après une telle journée ! Je n'avais pas sentie la vie couler ainsi dans mes veines depuis... Ce matin, pendant que je m’entraînais. Bon, ok, c'était il n'y a pas si longtemps que ça. Mais la journée avait été si longue et tortueuse, que cela aurait pu être des jours, je n'aurais pas vu la différence. Alors je profitais de cet instant, en savourant chaque moment. 

Ma cigarette se consuma toute seule, et je dus me résoudre à l'éteindre. J'extirpais une petite boite métallique de mon sac et l'ouvrais, l'écrasant à l'intérieur avant de l'y poser et de la refermer. Oui, j'aimais fumer. Mais cela n'allait pas de paire avec polluer, contrairement à certains. Les mégots, ça allait dans une poubelle, et comme le toit en était dépourvu, j'avais ce petit moyen de secours, me permettant de sauvegarder un minimum l'environnement. J'aimais me "détruire". Pas la nature. Et encore, je n'avais jamais rien fait de grave ou de réellement répréhensible. Enfin presque... Enfin bref, ceci était loin d'être le sujet. Je me tournais de nouveau vers le garçon qui me faisais face et le gratifiais d'un sourire simple, et pourtant beau sur mon minois angélique. Celui-ci ne semblait pas être très loquace, et je le comprenais parfaitement. Le bruit était parfois épuisant. Et la rentrée nous avaient consumé, ne nous laissant qu'à l'état de braises, proches de l'extinction. Je laissais donc le calme reprendre son droit et régner de nouveau, seulement interrompu par le soufflement du vent. Il semblait également des plus polis, à sa façon de s'incliner. Voir gentleman. C'était rare de nos jours, à croire que les traditions se perdaient. Mais tellement appréciable. 

"J'espère que je ne te dérange pas ?"


Je ne voulais pas prendre trop de place. Il semblait rechercher la solitude, et dans ces moments la, malgré mon beau visage et ma compagnie des plus agréables, il était difficile de faire front. Après, peut être serait-il trop gentil et aimable pour me dire si je le gênais vraiment. Un soupire amusé passa la barrière de mes lèvres tandis que mon regard chocolat plongeait dans les iris d'obsidienne si envoûtantes de mon interlocuteur. Pour avoir de beaux yeux, il en avait ! Un instant s'écoula, sans que je puisse dire combien de temps cela dura. Je clignais des yeux, m'appuyais contre la rambarde, dégageais une mèche de cheveux qui me barrait le visage, et reprenais. 

"Aurais-je l'honneur d'entendre un autre morceau, si ma présence n'est pas de trop ? Peut être une de tes compositions, si jamais composer est dans tes cordes..."


Je ne le connaissais pas, mais à sa tenue et son allure, je pouvais affirmer sans me tromper que j'avais affaire à un A. Pour ce qui me concernait, vu comment je m'étais relâché en montant ce fichu escalier, je ne savais si c'était aussi évident. Peut être pas. Mais après tout, qu'importe ? Il ne connaissait même pas mon nom. Tout comme je ne connaissais pas le sien. Et étrangement, cela ne me gênait nullement. Nous étions isolé de tout ici, comme maître de notre petit coin tranquille. Je me sentais différente, un peu comme si je rêvais, comme si cet endroit n'était pas réel. Et en même temps, je savais que j'étais éveillée. Mais comme tout instant volé, instant qui n'aura pas forcément de répercussions sur l'avenir, je voulais en profiter sans me prendre la tête avec des futilités. Qu'importe son nom ? Il était la, devant moi. Je n'en avais pas besoin. Et j'aimais cette part de mystère que cela instaurait entre l'inconnu et moi.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Sam 9 Mai - 14:24
Le printemps.
Il avait inconsciemment choisit cette musique. Elle lui était apparut instinctivement, les notes à jouer effleurant simplement son esprit avant de passer directement à ses doigts pour faire chanter son violon. Il n’y avait eu aucune réflexion préalable dans cette musique. Aucun choix. Juste un désir muet et silencieux. Une pensée transformée en son, qui s’envolait vers le ciel se teintant peu à peu des premières nuances de crépuscule, se mêlant à la mélodie du vent, qui l’entrainait dans sa danse, guidant peut être la musique dans l’oreille pensive d’un passant dans le parc, ou dans la rue en contrebas.
Mais ses notes n’iraient pas plus loin. Elles ne traverseraient pas la mer pour venir caresser son oreille, et venir agrandir son sourire lumineux qu’elle arborait toujours, lui offrant un éclat spécial pour le remercier de cette complicité. Elles résonneraient quelques mètres avant de mourir dans le silence, invisible étincelle de son qui s’éteignait trop rapidement.
Quelle tristesse de ne pouvoir changer ses pensées profondes et douloureuses qu’en quelque chose d’aussi éphémère. Note qui sonnaient autant dans le silence que dans son esprit vide de sa présence.

Le printemps. Existait-il une mélodie plus appropriée à Juliet ? Pas aux yeux de Nowaki. Une musique vivante, dynamique, lumineuse, rayonnante. Un éclat de sa Juliet, comme si il essayait de combler son absence en ce jour si inhabituel par une musique.
Mais si habituellement la musique avait pour pouvoir de guérir tous ces maux, ce n’était pas le cas pour ce mal là. Peut être en parti aussi parce que le violoniste ne souhaitait pas être guérit.



Etant à présent complètement face à la jeune femme, il se permit de la détailler. Un visage porcelaine à la peau de pêche, et aux traits fins et harmonieux, qui esquissaient également une jolie bouche rosée qui semblait sourire. Le tout entouré d’une cascade de cheveux d’ébènes semblant doux et soyeux même de là où il était. Son uniforme paraissait un peu négliger, mais le japonais avait presque envi de l’imiter, et d’ouvrir légèrement le haut de sa chemise, ne serait-ce que pour avoir l’impression de respirer plus librement après cette étouffante journée.
En un mot, elle était belle, et il se dégageait d’elle un charisme envoutant et captivant. Une rose écarlate, au parfum à la fois profond et subtil. Enchanteur.


« Non. » Répondit Nowaki avec sa loquacité habituelle et son ton froid et distant, son visage ayant toujours la même expression figée de celle d’une statut de marbre blanc.


Il faudrait sans doute remercier le destin, que la jeune femme qu’il ai amené à croiser le chemin du musicien soit venu chercher le calme, et non pas les joies d’une conversation palpitante et expressive, la rencontre se serait terminé tout aussitôt. Mais il est trop tôt pour remercier le destin, et nul ne peut prévoir son prochain coup.

C’est à cet instant que les prunelles de Nowaki remarquèrent les grands iris d’un brun chocolat de l’inconnue, bordés de longs cils sombres, qui agrandissaient ses yeux, et donnait une nouvelle nuance d’envoutement à son regard sombre.

Aurais-je l'honneur d'entendre un autre morceau, si ma présence n'est pas de trop ? Peut être une de tes compositions, si jamais composer est dans tes cordes..


Si composer était dans ses cordes de violoniste ? Il faillit sourire, mais toute son attention se dirigeait déjà vers les morceaux qu’il pourrait jouer. Ce n’était pas pour lui plaire, c’était simplement dans son caractère. Il n’avait aucune raison de refuser, ne voulait pas être impoli avec cette demoiselle qui avait été respectueuse avec lui dès le début, et surtout, il n’avait aucune envie d’ouvrir la bouche pour exprimer un refus. C’était trop long.

Mais aucun morceau qu’il n’avait composé et qui lui venait en tête ne lui semblait approprié. Ce n’était pas ce qu’il avait envie de jouer, il n’avait pas envie de suivre les notes d’une portée.
Il voulait improviser.

Mais quoi ? Telle était la question qui emplissait l’esprit du jeune musicien tandis qu’il plaçait son instrument sur son épaule, et armait son archet, ses iris obsidienne glissant sur sa spectatrice.
Une Rose rouge.


La musique s’envola dans l’air, comme des pétales dans le vent. Vive, charmeuse, profonde, comme la couleur incarnadin de ses jupons. Une musique comme elle. Une musique pour elle.
Une musique envoutante.

Rose carmin,
Aux teintes puissantes,
Dans la lumière du matin.
Incandescente
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Mar 12 Mai - 11:50

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Je ne pus m'empêcher de sourire à sa réponse. Si concise, si dénuée de sentiments. Comme s'il me répondait par automatisme, mais que répondre lui coûtait. Comme si son "non" se transformait habilement en "oui", sans que pour autant il n'en paraisse grossier. Je percevais qu'il voulait être seul, la solitude étant sans conteste une grande amie pour lui. Mais... Je n'avais pas envie de partir. Pas encore, pas maintenant. Était-ce égoïste ? Mais qui avait dit que je ne l'étais pas ? J'avais toujours eu ce que je voulais, et malheureusement, je n'étais pas habituée à ce qu'on me refuse quoi que ce soit. Peut être un jour cela me jouerait-il des tours, mais pour le moment, je n'en avais que faire de tout ça. Je me sentais bien, et j'étais en compagnie agréable. Certes, il n'avait prononcé que deux mots, deux mots qui semblaient de trop pour lui, mais... Je ne recherchais pas vraiment la conversation. Juste une présence à mes cotés. Seule chaleur présente sur ce toit, symbole d'humanité. Parce que contrairement à lui, la solitude me pesait. Je n'avais été seule que durant mes premières années, et je n'en gardais pas bon souvenir. Le reste du temps, j'avais été habituée à être entourée de centaines d'inconnus, de rires, de cris, de chansons, de bruits... Alors certes, cela avait ses inconvénients, et des fois, j'avais juste envie de mettre sur pause, comme en cet instant. Mais il n'empêchait que j'avais peur d'être seule. Et c'était la seule faiblesse que je me reconnaissais, quoique je puisse dire. "Mieux vaut être seule que mal accompagnée" ? Il y avait du vrai, mais il y avait aussi du faux. 

Je sus que j'avais touché juste au moment où il se mettait en position pour jouer. En même temps, comment un jeune homme qui semblait si intelligent ne pouvait-il composer ? Cela n'avait rien à voir ? C'est vrai, je l'avoue. Mais je ne saurais expliquer pourquoi je le savais depuis le départ. Ce sentiment qu'il n'avait que la musique pour lui ? Pour le consoler ? Mais de quoi ? C'était stupide, je ne savais même pas s'il souffrait. Ou alors, cette impression qu'il pourrait passer sa vie à jouer, oubliant même de se nourrir ou d'échanger quelques banalités avec n'importe quel humain ? C'était glaçant, mais ça paraissait si vrai. De prime abord, à nous regarder comme ça, l'un à coté de l'autre, certains diraient voir deux personnes du même univers, peut être même allant bien ensemble. Et pourtant, je sentais comme une barrière entre nous, une contradiction totale. J'aimais être au centre de tout, il aimait être sur la touche. D'où je sortais ça ? Encore une fois, aucune idée. Mais il faut dire qu'avec tous les hommes que j'avais rencontré jusqu'ici, et le métier d'hôtesse que l'on m'avait enseigné... Je m'y connaissais un minimum. Une hôtesse, une prostituée ? Surement pas. Il n'y a que les idiots pour oser dire pareilles choses ! Une hôtesse est une femme sensible, capable de comprendre son hôte, de caler son humeur sur la sienne, et de répondre à toutes ses envies avant qu'il n'en fasse la demande. Peut être n'avais-je pas cette sensibilité, mais il n'empêche que j'avais ce don de comprendre l'homme qui me faisait face. Et lui, il était indéniable que la musique prenait presque la moitié de la place dans son univers.

Le morceau débuta, suave mais léger, clair mais profond, entraînant mais envoûtant. Je fermais alors les paupières, me laissant emporter par la mélodie aux milles nuances, totalement éprise de ce morceau si subtile qu'il m'offrait en ce début de soirée. Je frissonnais, oui, mais pas à cause du froid. On ne m'avais jusqu'alors qu'offert des choses qui s'achetaient, quelques fois même sans rien d'autre qu'une attente ou une arrière pensée. Tous se ressemblaient, tous se confondaient, et rien ne semblait vrai. C'était la première fois il me semble que l'on m'offrait quelque chose à la seconde même où je le demandais, d'une telle beauté, allant au delà de mes espérances. Il ne se basait pas sur l'argent, le pouvoir, le charisme, ou quoi que ce soit. Il ne le faisait peut être même pas pour moi. Seul le talent était présent. Régnant en maître dans cette atmosphère unique que je qualifierais de magique. Si jusqu'alors, je n'avais jamais voulu plus que cela jouer d'un instrument, aujourd'hui, j'enviais cet homme. Oui, moi aussi j'avais quelque chose dont j'étais éprise presqu'autant que lui. Moi aussi je savais soulever les cœurs et émerveiller les âmes. Mais de façon différente. Et ma grâce n'égalait en rien cette passion qui se lisait dans son regard et me transperçait de toute part. Il vivait sa musique. Et comme en cet instant, j'aurais aimée pouvoir moi aussi vivre dans cet univers où il fusionnait avec son instrument, ne laissant derrière lui que cette musique, enchanteresse, empreinte d'une magie dont je ne connaissais pas l'incantation. 

La mélodie s'arrêta finalement, et je regrettais que ce soit déjà la fin. Déjà, je me languissais d'un autre morceau. Cela me coûtait de l'avouer, mais c'était le cas. Je clignais des yeux, légèrement étourdie, et me rendais compte que je n'avais cessée de le regarder tout du long, comme envoûtée. Je souris de ce sourire qui n'apparaissait que rarement, si sincère, si doux et pourtant si brillant. Il m'avait surpris, il m'avait conquise l'espace d'une portée, et je ne pouvais le nier. Il n'était pas que beau, il avait une aura des plus belles également. Le silence revint, comme s'il ne s'était jamais absenté, maître de ses lieux. Je ne savais que dire, les mots me manquant pour décrire telle merveille, et pourtant... Me taire aurait été impoli. Alors je lâchais ce qui me venait de prime abord dans un souffle. 

"Sublime."


Le mot me semblait fade en comparaison, mais je n'y pouvais rien. C'était la première fois en toute une existence que l'on me coupait le souffle, il fallait que je m'en remette ! Je regardais son instrument, comme si je voyais un violon pour la première fois. J'en vint même à me demander si le toucher me permettrait de savoir en jouer. C'était idiot, bien sur, mais en plus d'être admirative, j'étais envieuse. Moi qu'on avait toujours regarder avec envie, moi qui savais toujours tout faire tout de suite et mieux que les autres, je me sentais... Petite ? Oui, insignifiante. Et si ça me déplaisait, en même temps, je savourais ce sentiment nouveau, emplie d'excitation qui partait de ma poitrine et se propageait dans tout mon corps. J'avais trouvé un inconnu des plus intéressant. Finalement, cette rentrée ne me laisserait pas qu'un goût d'amertume. J'inspirais calmement, le détaillait de nouveau, avec un regard neuf, puis reprenais la parole.

"J'envie celui ou celle qui à l'occasion de t'entendre jouer souvent. Qui a eu l'honneur de t'apprendre le violon ?"
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Mar 12 Mai - 17:53
Une mauvaise langue épiant en cet instant la scène, jalousant sans oser se l’avouer l’un des protagonistes aurait pu prétendre que le violoniste n’avait jamais inventé ce morceau. Écrit par l’un de ces nombreux compositeurs qui n’avaient pas acquis la postérité, mais dont on pouvait cependant trouver des partitions chez certains marchant, il n’avait fait qu’utiliser cette pièce afin de tenter d’intéresser la séduisante jeune femme qui lui faisait face.
Jamais une personne de cet âge n’aurait pu composer un tel morceau, et dans le but de ce faire remarquer de la demoiselle qui faisait se retourner autant filles que garçons sur son passage, il l’avait subtilement guidée jusqu’à cette scène isolé afin de se donner en spectacle. Comme aurait-il fait cela… et bien c’était un A, il était suffisamment intelligent pout trouver un moyen de ce rentre intéressant !

Ce genre de procédés n’étaient pas dans son caractère, et surtout, la personne osant penser cela était dépourvut d’au moins de sens. Aucune ouïe n’aurait sciemment pu songer qu’une mélodie comme celle-ci puisse tomber dans l’oublie, et se couvrir de poussière. Elle était trop captivante, trop suave, trop puissante, trop douce. Trop enchanteresse pour cela. Vivante, presque inaccessible, doutée d’une vie propre.
Et surtout, fière comme la rose écarlate qui avait inspirée le jeune compositeur. Jamais une reine comme l’était cette fleur n’aurait permit de tomber dans l’oubli.
Ce personne était également dépourvut d’yeux, car il suffisait de poser ses iris sur le jeune musicien, afin de comprendre que cette musique venait de lui. Jaillissait de lui. Une source, un geyser. Puissant, libre, maitrisé. Cette joie d’improviser à laquelle se mêlait sa passion pour l’instrument qu’il tenait entre ses doigts faisait briller ses iris obsidienne d’une manière unique au milieu de son visage de marbre.
C’est ainsi que cette hypothétique personne disparut avant même d’avoir existé.



Si une personne venait à demander à Nowaki comment une telle musique lui était venu à l’esprit, il aurait été lui même parfaitement incapable de répondre. Il n’avait pas réfléchit. Il n’avait pas cherché, comme il pouvait le faire des heures durant lorsqu’il composait à son bureau, bloquant sur une poignée de portée, afin de réussir à trouver ce qu’il voulait. Il avait simplement respiré, et comme une caresse subtile et douce. Insaisissable. L’inspiration s’était posée sur lui, faisant de son corps un simple réceptacle des centaines de notes qui lui étaient venues à l’esprit, ses doigts se plaçant sur les codes de son violon sans qu’il l’ait vraiment voulu, comme si durant les quelques minutes où la mélodie emplit l’air, ce n’était plus vraiment lui qui dirigeait son corps, mais Euterpe la Muse.

Son archet s’immobilisa finalement, et les dernières notes résonnèrent encore quelques secondes dans l’air, s’élevant doucement vers le ciel apaisé, avant de laisser le silence reprendre ses droits.
Avec cette lenteur sereine qui le caractérisait, le jeune homme ôta son violon de son épaule, et baisa son archet. Encore pensif de cet instant merveilleux qu’il avait vécu en tant que violoniste, où il avait fait corps, à la fois avec son instrument, mais surtout avec la musique. Cette symbiose parfaite dont rêve un jour tous musiciens.

Ce n’est que lorsque le mot de l’inconnue lui parvint qu’il revint sur terre. Touché par le compliment bien que son visage toujours aussi impassible et inexpressif, n’ai pas changé d’allure, et conserve encore cette fixité de marbre immaculé, s’inclinant légèrement afin de la remercier.

Mais plus que dans les mots de la jeune femme, c’était dans les iris chocolats de la jeune femme, qu’il voyait que la mélodie qu’il avait joué l’avait vraiment touchée. Il n’aurait pas vraiment su décrire, ni définir l’éclat qui y régnait, mais il fut plus atteint par ce qu’il voyait dans les prunelles de la demoiselle que par ses mots.
Pourquoi des mots lorsque le silence suffit ?



Instinctivement, son esprit se dirigea vers Juliet. Celle qui avait eu l’occasion de l’entendre jouer le plus souvent, c’était bien elle. Combien de fois l’avait-elle écouté avec cet intérêt et cette attention qu’elle seule savait accorder, durant les années qu’ils avaient vécu ensemble ? Tellement qu’il n’aurait su les dénombrer. Et si la solitude ne l’avait jamais dérangé, il devait avouer qu’elle lui manquait cependant horriblement. Pas parce qu’il n’y avait à présent personne pour l’écouter, bien qu’il soit plus heureux qu’il ne le montre, d’avoir une oreille attentive à ce qu’il jouait, mais parce que son esprit allait continuellement à elle. Aimanté tout simplement, comme si il n’avait pas réussi à accepter la séparation. Son esprit sans elle était-il si vide, que seule la musique pouvait tenté de le remplir ?

De Juliet, ses pensées passèrent à son père. James Shakespeare (et non pas William, comme s’en amusait certain, après avoir vu le prénom de sa jumelle) était celui à qui il devait son amour, et sa passion du violon, car outre lui avoir offert une sœur, il lui avait offert cet instrument. Redécouvrant lui même une passion éteinte depuis quelques temps, par l’engouement et le talent de son nouveau fils, et bien que celui-ci l’ai rapidement rattrapé, et aussi aisément dépassé dans ce domaine, les deux hommes avaient toujours plaisir à travailler ensemble.
Des nombreux professeurs que Nowaki avaient eu pour cet instrument dans sa vie, c’était bel et bien James qu’il considérait comme son seul vrai et unique maitre dans ce domaine.

Un léger frémissement étira ses lèvres fines et aussi pâles que le reste de son visage, modifiant pour la première fois de la conversation l’expression semblant sculptée sur ses traits comme dans du marbre, dessinant un léger, presque imperceptible, sourire. Doux, triste, nostalgique. Presque invisible.

« Mon père. » Répondit le jeune pianiste avec sa froide et distante simplicité, dont il ne semblait jamais se départir, dissimulant cependant quelque chose de plus personnel. Un souvenir dans ces syllabes.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Mer 13 Mai - 10:20

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Un sourire. Du moins, c'est ce qui se rapprochait le plus de ce changement d'expression. Il était pourtant si imperceptible... Comme une illusion. Comme s'il ne savait plus comment sourire, ayant gardé cette expression de marbre trop longtemps. M'imaginer qu'un être humain soit dépourvu d'envie de rire depuis un bon moment me brisait involontairement le cœur. Mais savoir que j'avais réussi à lui en tirer un, si petit et insignifiant soit-il remplissait aussi mon orgueil démesuré. Oh oui, je n'étais pas peu fière ! Dire que j'aurais pu passer à coté de ce changement, si je ne le dévisageais pas depuis tout à l'heure ! Il était bien difficile d'avoir une quelconque conversation avec ce jeune homme sans être frustré ou déçu. Mais je comptais relevé ce défi. Pas parce que je voulais être une des seules à avoir réussi, non. Mais parce que je voulais observer rien qu'une fois encore ce faible étirement de ses lèvres. Peut être même le sourire s'agrandirait-il ? Je ne le savais. Mais je n'allais assurément pas lui dire qu'il était plus beau souriant que lorsqu'il faisait la tronche, ça risquerait de le braquer. Oui, le braquer. Un peu comme s'il était un animal sauvage. Oui, vous pouvez vous imaginez que je suis le petit prince, et lui le renard, ce serait plutôt proche de la réalité. Parce que mut dans sa solitude, il en devenait difficile de l'approcher, à moins de l’apprivoiser pas à pas. Et c'était ça le plus intéressant. Parce que pour une fois, je ne pouvais faire tourner un homme autour de mes quatre volontés. A vrai dire, je suis presque sure qu'il se fichait pas mal de ma beauté, n'en ayant rien à faire du physique. Ce qui relevait d'autant plus la difficulté.

Mais comme tous ceux qui me connaissent le savent, je n'abandonne jamais ce que je commence. Je voulais le voir heureux ? Il le sera. Je voulais de nouveau l'entendre jouer ? Il jouerait pour moi. Où était le problème ? Certes, certains auraient pu dire que je ne faisais tous ces efforts que pour moi, mais ce n'était pas totalement vrai. Etes vous dans ma tête ? Jusqu'à preuve du contraire, je ne crois pas. Je voulais juste... A vrai dire, je ne savais pas pourquoi je faisais ça. Ni pourquoi je le voulais. Depuis quand explique-t-on une envie ? Est ce que je vous demande pourquoi vous avez envie de chocolat ? Non ! Bah la c'est pareil. Je ne pouvais tout simplement pas le laisser s'enfoncer plus profondément dans cette solitude. Peut être parce que moi même je ne l'aurais supporter. Peut être parce que le voir ainsi faisait resurgir de mauvais souvenirs du passé. Il semblait si seul... Si dépourvu de toute humanité ! De toute... Envie de faire quoi que ce soit si ce n'est jouer ! Que lui était-il arrivé ? Qu'avait-il perdu ? L'avait-on abandonné ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête tandis que j'essayais de les évacuer, ayant une horreur sainte de me faire plus de soucis pour un homme que pour moi. Je ne le connaissais même pas ! Et pourtant... Son opposition à ma personne me parlait, comme si un miroir me rappelait ce que je fus il y a un temps. Et cela, je ne pouvais le souffrir. 

A vrai dire, ce qui me ramena sur terre, c'est la cause de son sourire. Son père. Ah, oui, j'avais oublié ce léger détail. J'avais oublié que certains avaient un père. Un père présent. Un père aimant. Un vrai père, en chair et en os. Je n'avais jamais connu le mien. A vrai dire, je ne l'avais jamais vu. Plusieurs hypothèses m'étaient venu à l'esprit, et j'ai cherché petite des années en vain son identité. Mais même son nom, je ne le connais pas. Il n'est qu'un mirage dans un cahier. Un fantôme dans les lettres de fêtes des pères qu'on me forçait à écrire à l'école. Une ombre sur ma vie dont je ne connaîtrais jamais la lumière. Mon regard se perdit dans l'étendue vide, regardant les passants en contre bas sans les voir, mon visage s'éclairant des différents panneaux de pub lumineux en face de moi. Je ne voulais pas être triste. Je ne voulais même pas verser une larme pour un être qui ne savais même pas que j'existais. A vrai dire, ça lui allait mieux comme ça. C'était toujours mieux que de savoir qu'il me reniait, ou voulait m'éradiquer, comme une tache sur son tableau familial des plus purs. Ma mère n'a cessé de dire qu'il l'aimait. Alors quoi, c'est ainsi qu'on aime une femme ? En couchant avec elle avant de l'abandonner purement et simplement, avec un enfant sur le dos ? Je n'y croyais pas. Tout comme je ne croyais pas à l'amour, ce sentiment futile et destructeur, qui avait anéanti tant de vies et de couples. Il n'y avait que le passion qui existait. Et ce sentiment ne le ferait malheureusement pas revenir. Tout n'était qu'utopie.

"Je vois... Tu en as de la chance d'avoir un tel père."


Ma voix s'était faite froide et dure, légèrement amère. Je n'avais pas voulu parler ainsi ni sortir ces mots. Mais ils avaient passé la barrière de mes lèvres de façon si traître... L'enviais-je une fois de plus ? Peut être. Et en même temps, j'étais en colère. Pourquoi était-il ainsi, comme exclu de l'humanité alors qu'il avait tout ce que je n'avais pas ? Il avait du charisme, du talent, des parents aimant, une vie toute tracée... C'était à s'en révolté. J'avais juste envie de lui crier de se ressaisir. Et pourtant, je ne faisais rien. J'étais la, à le fixer, comme éteinte, incapable de parler, incapable de bouger. Comme un fardeau. Je me maudis d'être si empoté et si envieuse. Je me maudis de lui cracher à la figure sans chercher à connaitre la raison de son mal. Alors je lui souriais, tristement.

"Désolé, je ne voulais pas dire ça."


Ça n'avait été qu'un murmure, mais il me semble qu'il l'avait perçu. Serrant le barreau de la balustrade du toit jusqu'à m'en faire blanchir les phalanges, je me reprenais, respirant lentement. Depuis quand paraissais-je faible devant un homme ? Impensable. J'étais une femme forte. Je n'avais besoin de personne. Mon cerveau se mit à carburer, cherchant un élément auquel me raccrocher avant que la conversation ne dérape. Quelque chose pour changer désespérément de sujet. Oublier cet instant de faiblesse, si inutile et si dégradant. Et la première chose qui me frappa, ce fut l’expression du jeune homme la première fois que je le vis. Le printemps. Oui, c'est ce morceau de Vivaldi qu'il m'avait dit jouer. Ce n'était pourtant pas une de ses compositions. Cependant... On aurait dit qu'à l'entente de ses propres notes, il s'était téléporté ailleurs. Comme si cette musique le reliait à quelqu'un de cher. De perdu ? Partais-je trop loin ? Était-ce son père ? Non... Non, il souriait à son évocation. Enfin, la musique était des plus joyeuses. Entraînante, légère, ensoleillée, vivante... Une mélodie si belle. Une portée si pure.

"Dis moi, le Printemps de Vivaldi, il te fait penser à quelqu'un ?"


A peine ces mots prononcés, je me mordais la lèvre inférieure. Plus indiscrète que ça tu meurs... Je n'avais pas à poser des questions si personnelles à un inconnu. Cet air n'avait peut être même aucune connotation ni aucun souvenir. Et de toute façon, je n'avais pas à le savoir. Je ne le connaissais pas, il ne me connaissait pas. Pourquoi me confierait-il quoi que ce soit ? Pourquoi ferait-il la conversation à une parfaite inconnue, inconnue qui venait le déranger pendant son moment de solitude ? Sans m'en rendre compte, je regrettais de ne lui avoir demandé de jouer un autre morceau, plutôt que de me ridiculiser de la sorte. Je posais ma tête dans le creux de ma main, fatiguée par cette journée. Peut être aurais-je juste du partir ? Oui, c'est ce que j'aurais du faire, mais mes jambes, elles, refusaient de bouger. Alors un soupire las passa la barrière de mes lèvres tandis que je tentais un faible sourire, comme si je n'avais commis aucun écart.

"Laisse, ça ne me regarde pas. C'est juste que... J'ai eu l'impression quand tu jouais que tu rencontrais le soleil."


Oui, ça ne voulait rien dire. Mais je me comprenais, alors, c'était déjà mieux que rien, non ?
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Mer 13 Mai - 20:14
La beauté est quelque chose de subjectif. Bien que l’on puisse trouver plusieurs arguments contre cette affirmation, c’est pourtant un fait. A de rares exceptions près, il n’existe personne ne réellement beau. Une grande partie de notre avis est basé sur les canons esthétiques de l’époque et du pays où nous vivons, elle même répondant à la symbolique qu’elle évoque.
En quelques mots, la beauté en tant que tel est éphémère, perdurant surtout grâce aux souvenirs, et aux l’impressions laissées sur la personne.

Cependant, la jeune femme à la silhouette fine et élancée, dont la peau pâle semblait briller sous les rayons crépusculaire de l’astre ne faisait pas parti de ces beautés éphémères, qui ne marqueront que leur temps. Il y avait dans son aura, ce charisme resplendissant et immortel, qui faisait d’elle une autre Hélène dans les cieux.
Elle était une rose rouge, depuis toujours, symbole de la passion.


Tenant son instrument contre lui, comme il tiendrait un enfant, avec cette douceur et cette délicatesse que l’on réserve aux joyaux, et aux choses plus précieuses que notre propre vie, le jeune homme laissa son regard s’échapper de l’attention silencieuse et réservée qu’il accordait à la jeune femme, afin de se plonger dans la contemplation du paysage baignée de lumière ocre et doré de cette fin de journée. Si les dernières heures de la nuit sont les plus sombres, pour Nowaki, les dernières heures du jour sont les plus lumineuses. Comme si le soleil désirait imprimer dans la terre sa force et sa chaleur, afin qu’elle ne l’oublie pas, lorsque l’aube nocturne s’étendrait sur le monde.

Mais les passants ne semblaient pas touchés par la brulante lumière que le soleil leur offrait durant ses derniers instant, avant de n’être plus qu’une ligne, puis un point le long de l’horizon dissimulé derrière les tours qui encerclaient la ville, pour finalement disparaître, ne laissant dans les cieux que les nuances roses-orangées de son règne, tel le sang versé contre cet éternel combat entre le jour er la nuit. Leur seul intérêt semblait d’atteindre leur domicile avant la nuit, où ils pourraient éclairer les ombres qui s’installaient enfin, annonciatrice d’une paix illusoire, de la clarté froide et impersonnelle des néons.



Ce n’est qu’au son étrangement froid et amère de la jeune femme, que le musicien détourna son regard de la fourmilière humaine, dont les innombrables tunnels s’étendaient devant lui, tels les fils d’une immense toile d’araignée, dont les plus lointaines ramifications s’étendaient jusqu’à l’étranger, piégeant tous les hommes dans l’antre du plus abominable démon : l’argent. Posant ses iris obsidienne sur le visage fin de la demoiselle qui lui faisait face, il ne put s’empêcher d’y déceler une légère tristesse, brillant dans ses prunelles sombres d’un éclat froid et douloureux, contrastant avec cette plus lumineuse qui l’habitait précédemment.


Durant une poignée de folles secondes, l’idée de parler lui caressa l’esprit. De lui dire que ce père dont il parlait, et à qui il devait tout, puisqu’il lui avait offert les deux choses qui avaient le plus, presque la totalité, de la place dans sa vie, à savoir le violon et sa sœur, ne partageait en réalité aucun liens de sang avec lui, et que si il n’avait pas rencontré par hasard sa mère à l’origine, il ne saurait peut être pas jouer du violon. Qu’il était un enfant sans père, ne pouvant cependant pas dire avoir jamais envié ceux « qui avait la chance d’avoir un tel père ».
Cette pensée tomba en poussière avant même de réellement pénétrer dans son esprit. Quoiqu’il tente de dire, cela sonnerait toujours comme des excuses. Il n’avait pas à s’excuser, et la jeune femme prendrait sûrement cela pour de la compassion ou de la pitié, à juste titre. Et bien qu’il n’en ait aucune preuve, le violoniste sentait qu’elle n’était pas du genre à apprécier ces marques d’empathies.


Même dans le silence qui régnait sur les lieux, le murmure de la jeune femme ne résonna pas, comme si il avait également comprit le sens des mots qui s’échappait des lèvres de l’inconnue. Le comprenant également, le musicien n’hocha qu’imperceptiblement la tête pour montrer qu’il acceptait les excuses, et que cela n’avait aucune importance.


Elle se tourna face à la balustrade, et Nowaki ne pu s’empêcher de la suivre du regard, interrogatif malgré lui de connaître la source de la tristesse et de la douleur qu’il avait aperçut dans ses prunelles de jais.

L’inconnue reprit rapidement le contrôle de ses émotions, et Nowaki fut presque heureux de la voir prendre la conversation.

Malgré la peine de la jeune femme, il ne fut empêcher un sourire de venir égoïstement fleurir sur ses lèvres, comme sous le soleil de cette personne à qui il pensait toujours de tant de temps.

« À ma Jumelle, déclara-t-il, ce sourire doux et lointain réapparaissant sur ses lèvres fines, oui, on peut dire que c’est un soleil. »


Comme ressentant l’écho de ses pensées qui se dirigeait vers la comédienne, les mots du pianiste restèrent quelques instants suspendu dans l’air, avant que les iris obsidienne qui s’était dirigé vers le disque d’or qui entamait son inexorable descente vers l’horizon ne redescendent vers la jeune femme.

Pris d’un étrange et unique élan de sympathie et d’humanité, brisant la distance et la froideur qui l’entourait toujours, le jeune homme prit la parole.

« Désirez vous que je joue quelque chose ? » Demanda-t-il, autant par désir de jouer, qu’afin de détourner l’attention de l’inconnue des mauvaises pensées vers lesquels il l’avait inconsciemment poussé.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Ven 22 Mai - 20:19

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Le moment de faiblesse était parti, s'évaporant dans l'air comme par magie, faible souvenir de quelque chose qui n'aurait jamais du se produire. J'haïssais apparaître démunis. J'haïssais encore plus de devoir me reposer sur un homme. Pas que je n'apprécie guère l'inconnu mais... C'était un principe. Je devais avoir la force de garder la tête haute en toute circonstance, et de me relever de toutes situations. La rancune était permise, mais pas le regret ou l'échec. Étais-je dure avec moi même ? Surement, mais ça ne regardait que moi. C'était ma vie, ma routine, mes obligations. Et une femme seule se devait d'avoir des règles strictes pour survivre dans cette jungle où les hommes dominaient. Je respirais profondément, heureuse d'avoir pu reprendre mes moyens à temps. Le jeune homme était resté poli et n'avait rien dit, ce qui était une faible consolation. Il ne m'avait pas non plus harcelé de questions, mais cela, vu le nombre de mots qu'ils débitaient par minutes, ça ne risquait pas d'arriver... Il ne chercha cependant pas non plus à me consoler, ce qui me fit le plus grand bien. Il semblait avoir compris que j'étais forte, et qu'une aide extérieure m'aurait plus fait voir rouge qu'autre chose. Méchant, certes, mais réaliste. Je n'étais pas une pauvre petite chose. Les chatons abandonnés, ça plaisait, mais ce n'était pas moi. J'étais une lionne, fière et vengeresse, intelligente et fourbe. Le calme revint, comme s'il n'était jamais parti, et j'appréciais ce moment de répit, comme s'il me l'avait volontairement offert. 

Puis il ouvrit de nouveau la bouche, et pour la première fois, prononça une phrase complète. Surprise, je le regardais, ne comprenant pas vraiment ce retournement de situation, mais n'étant pas contre non plus. Ce qui me choqua d'avantage, c'est le sourire à la fois bienveillant et aimant qui se dégagea de lui quand il parlait. Si mon pari avait été de le faire sourire, je l'avais sans conteste réalisé haut la main. Mais plus qu'un sentiment de victoire, c'est un sentiment de bien être qui m'envahit. Comme si son sourire pouvait apaiser mes maux. Comme si son visage de glace, en fondant pour devenir un éclat lumineux, avait emporté avec lui tous mes ressentis. C'était magique, et c'est pourquoi je ne me détournais pas, appréciant ce rayon de soleil éphémère sur son visage de marbre. Je ne connaissais pas la femme dont il parlait, et pourtant, à travers l'éclat, aussi bien de ses prunelles que de sa voix, j'avais la conviction que c'était une personne bien, rare, comme on n'en trouve plus de nos jours. Je n'avais pas pour habitude de flatter une autre femme que moi, mais je dois dire que pour faire s'éprendre autant un homme de ce genre de sa personne, sa jumelle devait avoir une sacrée personnalité. Ce qui me fit d'autant plus sourire en les imaginant tous les deux, lui avec cet air blasé et distant, et elle, l'inconnue au sourire rayonnant, seul indice que je pouvais trouver dans ce qu'évoquait le morceau. Je dois avouer qu'un pic de jalousie m'envahi, envieuse de cette intimité qu'ils partageaient, comme s'ils étaient la moitié d'un tout, mais je la fis taire immédiatement.

Le bel inconnu me demanda si je voulais qu'il joue pour moi, et une fois de plus, je fus prise de cours. Avais-je des pouvoirs ou était-ce un pur hasard ? De froid et distant, il était passé à doux et aimable. Enfin, il avait toujours été poli et gentleman, mais la... Je ne sais pas, quelque chose avait changé dans l'air, à la seconde même où ce sourire avait pointé le bout de son nez. Peut être l'effet bénéfique de sa jumelle ? Je ne le savais, mais enfin, autant en profiter, non ? J'étais presque sure que si je loupais cette occasion, elle ne se représenterait pas de sitôt, allez savoir pourquoi... Et puis, je ne vois pas pourquoi je refuserais un autre de ces morceaux aussi magnifiques que merveilleusement bien joués ! Tout talent se respecte et se savoure. Et si je ne pouvais être l'auteur du talent, alors j'en serais le bénéficiaire. Après tout, je serais un public pour lui. Je ne savais s'il en avait déjà un, mais vu la façon dont son aura tendait à tenir les autres à l'écart, j'en doutais légèrement. Alors je m'octroyais cette place, bien que je ne sois rien pour lui. Je ne semblais pas le déranger, et il avait l'air de prendre plaisir à jouer pour moi, c'était tout ce qui importait, non ? Je lui souriais donc, hochant la tête en signe d'approbation. 

"Avec plaisir. Tu pourrais jouer toute la nuit que je ne m'en lasserais pas."


Ma bonne humeur était revenue comme par enchantement, et mon sourire s'agrandit, mangeant la moitié de mon visage. Le temps reprit son cours, libéré de ce poids qui pesait sur mon cœur. De nouveau, le vent venait faire voltiger mes cheveux et caressait ma peau. Je me sentais bien, pleine, à ma place, tout simplement. Peut être avait-il un don, comme Orphée. Peut être était-ce juste lui qui avait cet effet sur moi. A vrai dire, la, tout de suite, je m'en foutais complètement. Je voulais juste apprécier ce moment, le vivant de tout mon saoul. Alors j'appuyais mon dos contre la balustrade, de façon à être toujours face à lui, et je fermais les yeux, n'ayant besoin que d'un seul sens pour apprécier ce qui allait venir. La musique démarra, se libérant de l'instrument enchanté, et je me sentis partir au loin, accompagnant la mélodie dans sa dispersion dans l'espace.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Dim 24 Mai - 8:22
C’était un instant magique que la vie leur offrait. Nowaki n’aurait su dire depuis combien de temps durait-il. Une poignée de secondes ? Plusieurs minutes ? Des heures entières ?
Au fond, la réponse n’avait aucune importance, et d’ailleurs, l’esprit du jeune musicien s’était déjà éloigné de la question, son âme ayant déjà frôlé l’inquiétude silencieuse et tacite qui le faisait craindre de revenir à la réalité.
Ils avaient quitté la réalité, flottant dans espace où le temps n’était plus qu’une illusion, et où les sentiments forgeaient eux même l’illusion dans laquelle ils étaient immergés.

Sept mètres séparaient les deux étudiants, sept mètres qui en paraissait parfois un, parfois dix. Une expression de visage, un éclat dans les iris de l’un des deux japonais, et tout cet univers se métamorphosait. C’était trop imprévisible pour qu’ils tentent de le prévoir, la seule chose qu’ils pouvaient faire était de s’adapter. Et jusqu’à lors, ils y réussissait plutôt bien.


Pour la première fois depuis longtemps, le jeune musicien était en paix avec lui même, sans avoir besoin de jouer des heures durant afin d’atteindre un quelconque apaisement. Peut-être parce qu’il avait trop goûté à la solitude, et qu’il goutait maintenant à la compagnie ? Peut être parce qu’il n’avait pas bénéficié d’un public depuis très longtemps à présent, sa jumelle pouvant difficilement le faire depuis Londres ? Peut-être était-ce simplement le moment, entre jour et nuit, respirant le crépuscule, qui faisait partiellement disparaître le masque froid et distant qui recouvrait habituellement ses traits ?

Mais encore une fois, la réponse n’avait pas d’importance. C’était simplement une interrogation de plus qui venait se mêler à l’air encore gorgé de musique, comme si inconsciemment il souhaitait prolonger cet équilibre par la pensée.


Doucement, mais sûrement, comme le superbe disque d’or ocre qui s’enfonçait doucement derrière l’horizon, le sourire du jeune homme disparut de son visage pâle, laissant cependant une expression sereine et moins froide qu’à l’ordinaire, comme si les rayons du soleil s’étaient en partie imprimé dans son visage.


S’inclinant légèrement face au compliment de la jeune femme, une main sur le cœur comme un gentleman, il se redressa en plaçant son instrument sur son épaule. Levant quelques secondes sont archet dans le ciel mauve, avant de l’abaisser et de plonger dans la musique.

Il lui avait suffit de lever son archet pour que la mélodie qu’il veuille jouer lui revienne en mémoire, comme la continuité de celle qu’il avait joué un peu plus tôt pour la reine des Roses qu’il avait en face de lui. Ce n’était pas une improvisation, comme le morceau de la Rose écarlate qu’il avait interprété plus tôt, mais une véritable partition. Les notes, perles sombres sur la neiges blanche de la feuille semblait imprimée à même son âme, comme si sa Muse avait prit soin de le lui graver, dans un coin de sa mémoire, le guidant dans cet instant unique, afin qu’il retrouve la mélodie.
Plus qu’une mélodie, une valse.

C’était l’un des associations d’idées qui se font toujours de manière inexplicable dans les esprits des hommes, qui avait guidé son choix. Un seul regard de ses iris obsidienne sur la jeune femme, lui suffisait pour voir qu’elle possédait une grâce naturelle, semblable à celle des danseuses. La danse des Reines ? Pour lui, c’était la valse, à raison ou à tord.
Ainsi, quelle autre musique que la valse des fleurs aurait-il pu choisir pour la Reine des Roses ?
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Sam 30 Mai - 11:29

Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut.
Je me sentais vivre. Ou plutôt, revivre, pour être plus exacte. Cette journée de cours m'avait épuisée, voir tuée. J'avais joué un rôle tout du long, comme à mon habitude, devenant cette belle jeune femme aux allures irréprochables. Mais plus je le jouais, plus cela me lassait. J'étais fatiguée de tout ça. Et pourtant, je ne me voyais pas arrêter non plus. Comme si j'étais enfermée dans un cercle vicieux. Seulement, avec lui, je n'avais pas eu à faire semblant. Je n'avais pas eu non plus à faire la conversation, le mettre à l'aise, ou user de mes charmes. Un simple regard avait suffit pour comprendre qu'on empiéterait pas sur l'espace personnel de l'autre. Qu'on aspirait à la tranquillité, et qu'il ne fallait donc pas qu'on se gène. Comme une entente muette entre nous, sans qu'aucun mot ne soit prononcé au départ. Juste un regard. Et pourtant, j'avais brisé cet interdit à plusieurs reprises, pour une raison que je ne m'expliquais pas. Le plus étrange, c'est que je ne l'avais pas embêté pour autant, du moins je le pensais. Il avait même joué pour moi, à plusieurs reprises. Comme en cet instant, où la mélodie emplissait l'air, charmeuse, voluptueuse, tel un enchantement. Je ne savais depuis combien de temps elle avait débuté, mais je ne voulais pas qu'elle se finisse non plus. Comme si elle pouvait rester à jamais, à flotter autour de moi, se graver dans ma mémoire, et me laisser dans cette joyeuse transe où tout me semblait possible. Où le monde semblait m'ouvrir les bras, moi, humaine insignifiante posée sur le toit de cette école d'art. 


Je savais bien que tout avait une fin, mais la magie de ce moment était telle qu'en la savourant, je ne voulais en être rassasiée un jour. Juste prolonger cet instant unique, cet interlude de nos vies où le temps semblait s'être arrêter, nous permettant un bref instant de nous reposer, de récupérer nos forces pour que lorsque la vie recommencerait, nous ne soyons pas enseveli sous ce flot de monde, de sentiments. C'était peut être impossible, mais la, j'avais l'impression de pouvoir accomplir des miracles. Pas au point de sauter du toit en penser m'envoler, non, je n'étais pas sotte à ce point. Mais... J'étais comme ivre. Plus rien ne comptait autour de moi, et je n'avais besoin de contenter personne. Je vivais pour moi, et il n'y avait aucun homme pour me regarder où me juger, si ce n'est ce violoncelliste. Aucun poids ne reposait sur mes épaules. Aucune attente. Rien si ce n'est le néant. Et je dois avouer que bien que j'aime briller et être remarquer, la, j'aimais plus que tout être invisible. Étrange n'est-ce pas ? Une femme ne sait jamais ce qu'elle veut après tout, c'est une éternelle insatisfaite. L'envie de danser la valse me prit, et, même si je n'avais aucun cavalier, et que je passerais surement en temps normal pour une folle, je me mis à danser avec un fantôme que seul mon imagination pouvait apercevoir. Parfaitement en rythme, souriant gaiement, je faisais du toit une salle de balle, où j'évoluais sans me soucier des autres. De toute façon, il n'y avait personne, alors comme ça...


Les dernière notes montèrent à mes oreilles, emplissant l'air avant de s'éloigner, ne devenant plus qu'un murmure avant de rejoindre le néant. Je m'arrêtais lentement, finissant à un mètre environ de l’envoûteur, non pas muni d'une flûte, mais d'un violon. Mon sourire s'estompa lentement, bien qu'un sentiment de satisfaction reste peint sur mon visage, comme gravé par cet instant magique qu'il avait pu m'offrir. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'étais heureuse, non, mais j'étais heureuse de l'avoir rencontrer, c'était indéniable. Je ne le connaissais toujours pas, ni ne savait quoi que ce soit sur lui, si ce n'est qu'il avait une jumelle, un père, et jouait du violon à merveille. Tout ce que je n'avais pas. Étions-nous opposés ? Dans un sens oui, et pourtant, j'avais l'impression que nous nous ressemblions aussi, en plongeant mon regard chocolat dans celui d'onyx de mon interlocuteur. Je reprenais mon souffle, prête à dire qu'une fois de plus, ça avait été splendide, et pourtant, je ne dis mots. Parce que le vocabulaire japonais, bien que très riche, me paraissait pauvre en cet instant. Alors je lui laissais lire ma satisfaction et mon émerveillement dans mes prunelles pétillantes, le silence en disant surement plus long que les paroles. Un instant se passa, qui ne dura surement pas longtemps, mais qui me sembla durer des heures, avant que je ne quitte ses yeux, une goutte étant venue s'écraser sur ma joue, suivit de bientôt une multitude d'autres. La pluie nous envahi d'un seul coup, assombrissant le ciel, et brisant le charme.


Je ne pu m'empêcher de laisser échapper un rire devant ce retour à la réalité si brutal, et pourtant si dérisoire. Mes cheveux commencèrent à se mouiller tandis que mon uniforme absorbait la pluie comme une éponge. Je refermais ma veste avant que ma chemise ne puisse devenir transparente et me dirigeais en courant vers la porte. Mais je m'arrêtais, me retournant une dernière fois vers cet inconnu aux allures de gentleman, dont le nom était encore un mystère. Allais-je lui demander, maintenant que la magie était brisée ? Ou me contenterais-je de me souvenir de cet instant volé au quotidien comme un rêve éveillé ? La seconde option me paraissant plus tentante, je me résolue à ne pas lui poser la moindre question. De toute façon, à quoi bon savoir son nom ? J'avais l'impression d'avoir partagé bien plus qu'un formel échange d'identité. Je lui souriais donc, de ce sourire en coin, à la fois si désirable, doux et unique qui me caractérisait, pour lui dire adieu.


"Au plaisir de nous revoir un jour, peut être."


J'espérais que ma voix l'avait atteint, et sur ces mots, je m'engouffrais trempée jusqu'aux os dans l'escalier que je dévalais. Je ne connaissais pas son nom. Je ne connaissais pas son âge, sa classe, ni sa matière. Je ne savais même pas si je le reverrais, et pourtant, j'avais l'impression d'avoir découvert plus de lui que n'importe lequel de ses camarades. Douce ironie qui me paraissait pourtant si réelle. En cet instant, l'enchantement venait d'être brisé, ne laissant plus derrière moi qu'une mélodie enivrante et un sourire sans pareille sur ce visage de marbre inconnu. Tout n'avais été qu'un rêve. Un doux rêve, comme mon prénom.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Sam 30 Mai - 18:03
Pourquoi joue-t-on ? Telle était la question qu’était finalement venu à ce poser le jeune homme tandis que son archet caressait avec douceur et vivacité les quatre cordes de son instrument. Oui, pourquoi ?


Lorsqu’il était revenu au pays du soleil levant après des années d’exil, la réponse lui aurait semblé évidente. Pour jouer. L’action se suffisait à elle même, et effectuait un cercle vertueux grâce à sa simple existence. Mais ce moment lui semblait aujourd’hui appartenir à une autre époque, révolu depuis des années. Il avait grandit, murit. De force, car jamais il n’aurait souhaité volontairement vivre toutes les souffrances qui avaient torturées son cœur depuis le début de l’année. Il ne le souhaitait à personne, et si par hasard, il avait eu un ennemi, il n’aurait pas même pu lui souhaiter.

Il avait ensuite pensé qu’il s’agissait d’un baume. D’une sorte de formule magique que les hommes avaient oublié, se plongeant dans la musique pour oublier la culpabilité, l’angoisse, et la peur. Autant de sentiments négatifs qui le rongeaient, qui le minaient. Le transformant en une coquille de plus en plus désincarné. Changeant le jeune homme pâle et squelettique qu’il était en spectre fantomatique qui semblait être envoyé par la mort elle même, messager de la faucheuse.

Son violon avait ensuite chanté contre la solitude, plaie béante, abyssale qu’avait creusé en lui le départ de sa jumelle. Contre ce sentiment d’abandon qui l’avait hanté, comme il hantait lui même l’hôpital où il passait la majeur partie de son temps. Perdant l’appétit et le sommeil.
Il avait cru renaitre lorsque son cousin s’était réveillé de son trop long sommeil si semblable à la mort. Mais ce n’était pas encore le cas, il n’avait fait que relever la tête. Stopper la chute qui avait commencé cinq mois plus tôt. Ce n’était qu’aujourd’hui qu’il commençait doucement à nager enfin vers la surface. Devinant enfin après si longtemps plongé dans les ténèbres, la lumière qui éclairait le monde au dessus de lui. Imaginant le gout de l’air dans ses poumons, et l’ivresse qu’elle lui procurait.



Pourquoi jouait-il ? La rencontre de ce soir lui offrait une autre réponse. Il n’avait désormais plus la faiblesse de croire qu’il n’existait qu’une unique réponse à cette question.
On pouvait jouer pour les autres. C’était une découverte simple, et pourtant évidente. La musique n’était pas qu’un apaisement pour lui, il pouvait également l’être pour les autres.
Il avait joué pour elle, et pourtant, il ne s’était jamais senti aussi bien depuis ce qui lui semblait être une éternité. Si il avait reprit conscience qu’il était vivant il y a peu, c’était cette valse dansée sur le toit qui lui offrait sa première bouffée d’oxygène depuis près de cinq mois. Cet air tant attendu qui le faisait vraiment ressusciter.


Nowaki avait fermé les yeux, comme pour mieux graver dans son âme toutes les nuances les plus infimes de l’instant. Souhaitant conserver à jamais en lui ce souvenir qu’il pourrait chérir jusqu’à sa mort. En équilibre avec cette jeune inconnue, qu’il sentait tourbillonner avec le vent à quelques mètres de lui, ses pieds effleurant le sol avec délicatesse, et une grâce qu’il devinait, et qui s’accordait avec l’images de reine des fleurs qu’il lui accordait.
Et pourtant, ce n’était pas gênant, comme si ce mouvement accompagnait la musique, faisait partie d’elle. Elle était entrée dans la mélodie, dans son monde avec naturel et simplicité.

Ça ne le gênait pas. Il était l’immobilité, elle était le mouvement. Elle était le silence, il était la musique.

Ils ne se connaissaient pas. Ils n’avaient rien en commun, mis à part le temps passé ensemble sur se toit, et pourtant en l’espace de quelques mesures, ils s’étaient accordé, harmonisé, et dansaient ensemble, dans cet étrange ballet solitaire.
Ce temps. Secondes, minutes, heures ? Il n’aurait su le dire. Le morceau était censé duré une poignée de minutes, et pourtant, il aurait pu jurer jouer depuis plusieurs heures déjà, et n’avait cependant pas la moindre envi de s’arrêter.

Il le du finalement. Et comme si la musique avait comprit son désir silencieux et inavoué, elle flotta encore quelques secondes dans l’air avant de finir de se dissiper.


Les iris obsidiennes de Nowaki captèrent ceux de l’inconnue, et sans un mot, sans une parole, se remerciant mutuellement de moment de partage, sans pour autant savoir pourquoi ce sentiment les envahissait. Le silence qui régnait sur le toit de Miyusaki après ce concert inattendu pouvait paraître étrange, mais il ne l’était pourtant pas. Il faisait parti de la magie, et de l’irréel de cette rencontre. Musique, silence, mots, musique silence.
Même si il avait voulu parler, le jeune homme n’aurait rien trouvé à dire.


Mais ce ne fut pas une parole qui brisa la magie de ce moment, mais la pluie. Comme si le monde cherchait à leur faire comprendre qu’ils avaient épuisé leur chance et leur temps. La trotteuse de l’immense horloge de la vie s’était stoppée quelques instants sous le chant envoutant de la musique, mais rien ni personne ne pouvait retenir indéfiniment cette fidèle faucheuse d’Hadès.

Ils détournèrent les yeux, et elle éclata de rire, tandis qu’il baissait ses iris onyx vers le sol, cherchant instinctivement à protéger ses iris sombre, parcourant les dalles de pierre afin de retrouver son étuit, et de protéger le plus rapidement possible son précieux instrument de la morsure de l’eau.

Il eu simplement le temps de se redresser, son précieux paquet sur le dos, avant de la voir lui sourire une dernière fois, de son superbe et éclatant sourire, avant qu’elle ne disparaisse dans la cage d’escalier.

À nouveau seul, laissant les larmes du ciel le mouiller doucement, il contempla dans l’obscurité emplit de la douce musique de la pluie la porte par laquelle elle venait de disparaître.

« Au revoir. »
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi] Dim 31 Mai - 9:28
Le sujet étant terminé, il est archivé. Dix Okanes vous sont offert pour avoir balisé le sujet.

Bon Jeu !
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MessageSujet: Re: [Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi]
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[Terminé] Le destin est un farceur, il noue des liens où il veut. [Nowaki A. Shakespeare / Kanon Utsukushi]

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