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[Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname]

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MessageSujet: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Jeu 4 Juin - 9:31
Seule dans un lit trop grand, dans une chambre trop froide, dans des draps trop propres, je fixais le plafond et des néons blancs. La soirée s'achevait doucement, bien plus calmement qu'elle n'avait commencé. J'inspirai lentement, et fermant les yeux, me remémorai mon arrivée en catastrophe à l'hôpital.


Selon les ambulanciers qui m'avaient rapidement examinée tandis que nous filions dans les rues de Tokyo, sirène hurlant, mon état ne devait pas être trop alarmant puisqu'on me fit patienter dix bonnes minutes dans une salle d'attente avant que quelqu'un ne s'occupe de moi. C'était la première fois que je mettais les pieds dans un hôpital, et je faillis tourner de l'œil une deuxième fois devant la file de malades et de blessés qui attendaient leur tour. Il y avait des cas bien plus préoccupants que le mien, et je me sentais ridicule, avec mes pauvres hématomes et ma migraine. Dans de telles circonstances, j'avais seulement envie de tourner les talons et de rentrer chez moi me coucher. Mais au bout d'un moment, un docteur vint me chercher pour m'emmener dans un salle équipée que je ne pris pas vraiment la peine d'observer.

Tout ce qui me marquait était le couloir et les salles uniformément blancs, et la forte odeur de produits qui me montait à la tête et me soulevait le cœur. Le visage du docteur, également, me frappa. C'était une belle femme, approchant probablement de la quarantaine, qui me rappelait ma mère. Sa douceur, son calme, son sérieux lorsqu'elle se mit à m'examiner à son tour... Peut-être était-ce la fièvre, mais sa présence me procurait les mêmes sensations que ma mère lorsqu'elle me soignait, quand j'étais petite. Les mêmes rides creusaient son front lorsqu'elle se concentrait, et j'en étais de plus en plus troublée. Elle m'avait posé quelques questions, à propos de la chute, des circonstances, de ce que j'avais ressenti et ce que je ressentais encore, avant de s'assurer que j'étais bien à jeun pour m'emmener passer un scanner. Je m'étais appliquée à lui répondre de mon mieux, et lui avais vaguement mentionné que je n'avais rien avalé depuis la veille. Elle parlait très doucement, et très bas, de sorte que je pouvais l'écouter sans que ma migraine empire.

Il m'était impossible de retrouver des souvenirs précis du scanner que je dus passer dans la foulée, si ce n'est celle d'une injection qui raviva mes nausées et le bruit inquiétant de la machine. Et finalement, je m'étais retrouvée dans une chambre sans trop savoir ce qu'il s'était passé ni même combien de temps s'était écoulé. On m'avait passé une sorte de pyjama sec quoi qu'affreux, et mes cheveux étaient propres. La seule chose qui n'avait pas changé était la présence d'une pièce au creux de ma main.

Je ne sus compter les minutes que je passai seule, mais la femme qui m'avait auscultée et accompagnée tout au long du scanner finit par me rejoindre. Elle commença à m'expliquer tout un tas de chose dans un jargon médical qui me laissa perplexe, et duquel je ne retins que "hypertension intracrânienne" et une histoire de sonde qu'on m'aurait posée. Et comme je la regardais d'un air fiévreux, elle acheva rapidement son discours pour m'assurer avec un sourire :

« Tout ira bien, vous allez rester sous surveillance quelques jours. Profitez-en pour vous reposer. Et si vous avez un problème, n'hésitez pas à nous appeler. »


Elle quitta ensuite la pièce, me laissant seule, perdue et nerveuse. C'était la première fois qu'un truc pareil me tombait dessus, et je m'inquiétais trop de ce qui se pourrait suivre pour trouver le sommeil. Je restais sur le dos, à promener mon regard sur la chambre trop calme, trop impersonnelle, éternuai et soupirai. J'étais monstrueusement fatiguée, ma tête me faisait mal, mon dos me lançait, mais maintenant que je pouvais dormir, je ne parvenais pas à faire abstraction de tout ce qui venait de m'arriver pour enfin me reposer. Et la pièce entre mes doigts ramenait irrémédiablement mes pensées vers Shiro.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Jeu 4 Juin - 12:01
Poursuite effrénée de l'immodération, la jeunesse est une perte progressive au fil des âges. L’intempérance projette une euphorie, un éthylisme précoce qui, combiné aux phéromones et à la puberté, esquisse parfois un monstre de vertiges aux allures fantasmagoriques. Dans l'arène du changement, la témérité est le plus grand des atouts, et la fuite amorce immanquablement la défaite. La promptitude n'est pas et ne sera jamais un défaut, au contraire, elle est le symbole de l'évasion, et la clé de la liberté.

Shiro ne sentait plus ses jambes, il courrait à une allure folle, évitant les obstacles sur son chemin; voitures, détritus, rebords, recoins, rien ni personne ne pouvait l'empêcher de rejoindre l'hôpital...enfin, presque rien puisqu'il se perdit assez vite dans les rues fraîches de la ville. Il tentait de localiser des panneaux afin de se diriger, mais aucun n'indiquait l'hôpital mentionné précédemment par l'infirmier. Il tenta bien de demander aux passants, mais plus l'heure avançait, et plus les gens lui paraissaient louches. Bientôt, des effluves malodorantes se propagèrent autour de lui, une atmosphère tendue et funeste l'enrobait, et il prit ses jambes à son cou en voyant des hommes en costume noir un peu plus loin. Il ne savait pas comment il avait attérit ici, mais il fut soulagé de trouver le chemin de la sortie. Plus les minutes passaient, et plus l'estomac du jeune adulte grondait. Il décida alors de s'asseoir sur le trottoir et fouilla dans son sac pour y chercher les gâteaux de Taiki. Dans le clair-obscur d'un lampadaire, il observa minutieusement l'en-cas et se perdit en conjectures. De nombreux chemins s'offraient à lui, et tout ce qu'il pouvait faire, c'était s'y engager au hasard. En fermant les yeux, il imagina Sam dans la pénombre d'un parc, dans l'ombre d'une cage d'escaliers, dans la noirceur d'une chambre d'hôpital, et brandit son courage à pleines mains. S'il devait essayer tous les chemins, il ne devait pas perdre de temps. Sans croquer dans son gâteau, il rangea ses affaires et repartit vivement vers sa destinée.

Maison, route, mur, maison, jardin, passage piéton, route, mur, maison. Le paysage défilait sous ses yeux, une multitude labyrinthique de portes et de fenêtres, de gazon et de briques, souvent similaires et pourtant différents disparaissait dans un flou artistique sous ses yeux embués. L'air froid lui donnait les larmes aux yeux, et il avait de la peine à distinguer les éléments qu'il cherchait à cause de son esprit embrouillé par le froid de plus en plus persistant. Il rabattit son bonnet noir sur ses oreilles et s'arrêta un instant. En regardant vers le ciel, il se rendit compte de l'inévitable; la pluie reprenait. Plus pressé que jamais, et pestant contre les circonstances, il chercha des yeux l'indice d'une quelconque proximité avec l'hôpital. Sam, aussi indélébile que l'encre la plus persévérante, dans son esprit frappé, lui donna le courage nécessaire pour ne pas perdre la fortune, et la pièce changea enfin de côté. Dans un éternuement surprenant, il retrouva sa vivacité et son sourire s'éclaircit. Sam portait toujours sa pièce, il en avait la certitude, et il était persuadé d'être sur la bonne piste. Au bout de quelques minutes, il vit un panneau et sauta en l'air en criant l'un des "Youhou!" les plus joyeux de sa vie. Dans un dernier élan, il se précipita vers l'Hôpital Matoya.

Il entra en trombe dans les urgences et chercha des yeux parmi les patients, sans grand espoir d'y voir Sam. Il se doutait qu'elle devait avoir été prise en charge, mais voulait en être certain. Résolu, il se colla derrière la courte file de patients qui patientaient derrière le bureau d'une secrétaire et attendit son tour. Il se jeta alors sur elle.


"Bonsoir. J'aimerais savoir où se trouve Nayumi Kondō, s'il-vous-plait!".

La secrétaire lui demanda de patienter quelques instants et chercha un moment dans sa base de données. Shiro tapait des doigts sur le bureau, stressé comme jamais il ne le fut, et suivit du regard la dame qui semblait enfin avoir trouvé les informations demandées. Elle lui indiqua son état de santé et le prévint qu'elle resterait quelques jours, le temps de la soigner et qu'elle reprenne des forces. Il la remercia chaleureusement et demanda à aller la voir, on lui indiqua alors sa chambre, mais aussi qu'elle avait besoin de repos et que les visites n'étaient pas admises à cette heure-là. Le glas de la défaite venait de sonner.

Shiro, déconfit, s'installa sur un siège de la salle d'attente et posa sa tête entre ses mains. Il n'y avait même pas pensé, et pourtant c'était logique, l'heure des visites était largement dépassée. Il regarda l'horloge dans un coin de la salle: 23:54. Il avait mis un temps fou à se diriger jusqu'ici, et s'il espérait la voir plus que jamais, il avait échoué. Pourtant...pourtant...cette fois, il ne pouvait pas la laisser partir. Son cœur battait la chamade, et sa tête lui jouait des tours. Il se rappelait avoir laissé tomber Sam alors qu'elle sortait de la cage d'escaliers, mais la raison restait obscure. Cette fois-ci, il ne pouvait pas laisser tomber, pas maintenant, pas après tout ce qu'il venait de faire. Il sortit son portable et envoya un sms à Taiki pour lui expliquer la situation. Comme il le devina, son ami ne dormait pas et lui donna le courage nécessaire pour faire face. Dans un bond dont lui seul avait le secret, il repartit de pied ferme vers l'ascension de la tour d'ivoire. Tout en haut se trouvait la princesse, et il ne l'abandonnerait pas à son sort.

Il tourna en rond plusieurs fois, s'excusa à de nombreuses reprises, dut parfois justifier sa présence là où il n'avait pas le droit d'être et atteint enfin la porte close du couloir des chambres qu'il cherchait. Il devait être rapide et discret afin de s'engouffrer derrière l'un des professionnels du personnel soignant et passer un nouveau mur d'enceinte. Il s'enfonça dans l'obscurité du couloir et attendit une blouse blanche. A 00:42, la mission fut un succès. Accroupi, il se lança derrière une femme trop absorbée par son portable et passa la porte interdite. En faisant le plus attention possible pour ne pas se faire repérer, les poils dressés sur la tête, les yeux fatigués, les jambes en compote, il empoigna le bouton de porte et coulissa la portière. Il la repéra dans le fond de la pièce, masse noire et fragile dans un lit aux draps blancs, dans un état plus apaisant, mais exténuée. Il prit soin de refermer derrière lui et se dirigea lentement vers la jeune fille, dont les yeux étaient clos, paisible et assoupie. Il emprunta une chaise dans un coin de la pièce et s'installa près d'elle. Dans un murmure presque éteint, il prononça son surnom:
"Sam..." et lui sourit. Il avait atteint son but, et même si l'objet de son adoration n'était pas disponible, il était heureux de pouvoir être à ses côtés et la contempler. Il voulut récupérer sa main, mais remarqua qu'elle serrait toujours le poing, et en l'ouvrant lentement, il y contempla la pièce à son creux. Elle l'avait gardée, ne l'avait pas utilisée, ni perdue, et son cœur s'accéléra. Il ne s'y était pourtant tellement pas attendu, la surprise fut tellement étonnante qu'il ne parvint pas à penser pendant plusieurs secondes.

~/o-Moments Like This - The Afters-o\~


A travers la semence d'une promesse, la racine naissante de l'arborescence dresse les ramures édifiantes d'un mariage séraphique. La pureté printanière profile ses bourgeons argentés, des fibres incandescentes grimpent lentement sous le ciel adjoint, et la sève née de la souche s'échappe de l'écorce pour amorcer l'éclosion. Si la fleur est le symbole du prodige, la racine est l'aube du miracle.

La sensibilité de Shiro n'était plus à prouver, et une larme perla le long de sa joue tandis qu'il serrait la main de Sam, la pièce immobilisée par leurs mains conjointes. Il enleva son bonnet noir et le posa à côté de lui, puis posa sa joue contre le bras de Sam en lui soufflant un profond
"Merci".
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Jeu 4 Juin - 18:40

Le sommeil avait fini par me gagner, mais il ne dura pas bien longtemps. Sur les coups de deux heures, un violent mal de crâne me tira de mes rêves, impitoyable. Si je perçus immédiatement le vrombissement des moteurs depuis la rue toujours animée du centre de Tokyo, il me fallut plus de temps pour réaliser que je n'étais pas seule. La douleur qui faisait battre mon pouls jusque dans mes tempes me masqua un moment la sensation d'un poids sur mon bras, et plus encore celle d'une main dans la mienne. Et puis je me décidai à entrouvrir un œil, puis l'autre, et malgré le flou qui embuait mes yeux, je distinguai peu à peu le visage endormi de Shiro. Cela ne me choqua pas le moins du monde, comme si sa présence n'était qu'une évidence, une nécessité. Shiro avait promis, il était normal qu'il soit là.

Ma tête tournant de plus en plus vite, je voulus me lever pour aller me rafraîchir, mais mon bras ne voulait pas bouger. Encore à demi-inconsciente, j'eus du mal à comprendre que la position de Shiro m'empêchait tout mouvement, car non seulement sa tête reposait sur mon bras, mais en plus nos mains étaient enlacées, et même en tentant de faire glisser la mienne je ne pouvais la dégager sans risquer de le réveiller. Fort heureusement, en tournant la tête de l'autre côté du lit, j'aperçus une petite bouteille d'eau et un verre vide. Les infirmières étaient prévoyantes...

Doucement, je tendis le bras, insistai un peu, me redressai comme je le pouvais, et enfin mes doigts agrippèrent le cul de la bouteille. Sans plus tarder, j'en dévissai le bouchon à l'aide de mes dents et en bus la moitié d'un trait. La fraîcheur de l'eau gagna ma gorge, et j'eus l'impression qu'elle se répandait dans tout mon corps, atténuant considérablement ma migraine. Et puis, sans prendre la peine de la reboucher, je fis glisser la bouteille jusqu'au pied du lit, avant de me rallonger correctement. De là, la tête ainsi posée à trente degrés sur un oreiller, je ne voyais de Shiro que ses cheveux d'ébène, mais je sentais parfaitement la chaleur de sa joue contre ma peau, ainsi que celle émanant de sa main. Il me tenait fermement, de sorte que je pouvais sentir une pièce appuyer contre ma paume. Notre pièce. Il avait promis, et il avait tenu sa promesse. Mon cœur se gonfla de reconnaissance, et je resserrai mes doigts entre les siens, ma petite main toute écrasée contre la sienne, plus large et plus forte.

Et lentement, mon corps bascula de lui-même sur le côté, jusqu'à ce que mon visage se retrouve à quelques centimètres de celui du jeune homme. Là, je pouvais voir ses épaules se hausser et s'affaisser au rythme régulier de sa respiration. Il dormait comme un ange, et je voyais encore un fin sourire éclairer ses traits. Machinalement, mes doigts vinrent se poser sur sa joue et se promenèrent jusque sur son front avant de retomber mollement sur le matelas en même temps que mes yeux se refermaient. Bercée par le souffle de Shiro, je ne tardai pas à me rendormir.

Les rayons du soleil me réveillèrent au petit matin, à peine filtrés par le rideau bleu pastel de la chambre. Je ne compris pas tout de suite où j'étais, avant de me rappeler. Le self. Shiro. L'infirmerie. L'ambulance. L'hôpital. Le docteur. Le scanner. J'étais allongée dans un lit blanc, au milieu d'une petite chambre tout aussi blanche, ma couverture ayant glissé par terre, sans doute au cours de la nuit. Et malgré la chaise placée tout contre le lit, j'étais seule. Pourtant je me souvenais vaguement avoir vu quelqu'un à mes côtés. Shiro ? Oui, j'en étais sûre, Shiro avait été là. Mon bras engourdi en témoignait. Ça ne pouvait pas avoir été un rêve. Où était-il passé ?

Je m'appuyai doucement sur mes bras pour me redresser, et sentis quelque chose s'échapper de ma main pour tomber par terre avec un bruit métallique. Surprise, je me penchai depuis le rebord du lit et me laissai glisser jusqu'au sol ou je me mis à quatre pattes. Une pièce que je reconnus aussitôt avait glissé sous le lit, et même en tendant le bras, je ne parvins pas à la rattraper. Au lieu de ça, je me cognai le front contre le rebord du lit.

« Aïe-euh... »

Découragée, je m'assis à même le sol et m'adossai au lit. Pfff... J'en avais déjà assez d'être ici. Il était hors de question de moisir ici plusieurs jours.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Ven 5 Juin - 23:52
La préoccupation est une pensée déraisonnée qui agite et épuise. Veilleuse angoissante, odeur troublante, geste envoûtant, les raisons sont nombreuses mais les effets sont les même: l'obsession. Comment omettre l'élément intrusif d'un tableau parfait? Comment négliger la satisfaction d'un trouble ensorcelant? Quelques obsessions sont provisoires, et diverses autres sont constantes, mais enfin, le nombre pérennise. Sous les yeux avides de Shiro, l'élément Sam était une préoccupation constante et plurielle. Déraison.

Shiro était en pleine méditation face au visage de Sam, à plus d'une heure du matin. Il s'était approché d'elle et l'observait attentivement dans la pénombre. Pourquoi la croisait-il toujours dans l'obscurité? Sam était un spectre furtif, des instants mémorables de la vie de Shiro, mais toujours fugitifs. Elle était aussi libre et passagère qu'une ombre, n'ayant de cesse de fuir au retour de la lumière, mais il voulait l'observer à l'aube d'un nouveau jour, et rester enfin à ses côtés. La main de Shiro était toujours collée à celle de Sam, mais il tenta de rapprocher l'autre, libre, du front de Sam pour tenter de percer pourquoi il n'y était pas parvenu plus tôt dans la soirée. Dans un élan primal, il la colla directement sur le sommet de son visage et son cœur s'accéléra. Il y était parvenu, mais quelque-chose paraissait le bloquer. Sa main glissa d'elle-même vers les cheveux de la demoiselle et il déglutit péniblement. Reprenant peu à peu ses esprits, il parvint à bouger à nouveau sa main valide et caressa lentement les boucles de Sam. Perdu dans l'expression paisible de la fille, son geste devint peu à peu naturel et une envie soudainement irrésistible de l'embrasser embrasa son esprit de jouvenceau. Dans un sursaut d'étonnement, il chassa cette idée de sa tête et rougit. Pourtant, son visage se rapprocha du sien, lentement mais sûrement, il fut surpris de sentir son souffle sur son visage mais il arrêta sa courbe pour dévier curieusement vers la joue de Sam. Il y posa un baiser et reposa sa joue sur le bras invalide de la belle endormie. Sa contemplation ne s'éternisa pas, l'enfant était trop fatigué pour ne pas reposer dans les bras de Morphée, etun peu avant deux heures, le garçon pénétra dans le royaume des songes.

Déjà plus de six heures! Shiro s'était réveillé en sursaut, après avoir fait un rêve dont il ne se rappelait déjà plus la minute suivante. Dehors, quelques rayons s'infiltraient lentement et se posaient gracieusement sur les draps blancs. Sam était toujours endormie, sa position n'était plus la même, et leurs deux mains étaient encore entrelacées au grand bonheur du garçon. La sienne était assez engourdie, mais il aurait pu passer une semaine dans cette position avec un plaisir immense. Ce matin-là, il en était persuadé, il voulait construire quelque-chose avec Sam et il ne pourrait pas patienter trop longtemps. Heureux, il se leva et passa une nouvelle fois la main dans les cheveux de Sam en prenant soin de ne pas la réveiller. Enfin, son bonheur fut de courte durée car une infirmière entra à ce moment-là et le toisa. Dans un geste de la main, elle lui ordonna de sortir. Shiro venait d'être mis à la porte et il allait devoir attendre l'heure des visites cette fois-ci. A contrecœur, il lâcha la main de son amoureuse, prit son bonnet et son manteau mais laissa son sac à dos, puis sortit de la pièce, après avoir jeté un dernier coup d’œil à Sam au passage. On l'emmena à la porte, et ni une ni deux, le garçon fouilla ses poches à la recherche de ce qu'il convoitait. Après avoir gravé dans son esprit l'heure d'ouverture des visites, il partit en ville. H-3 et 36 minutes.

Dans une petite foulée matinale, il se mit à la recherche de sa première destination. Il mit encore du temps à se repérer, mais arriva assez vite dans l'un des quartiers du centre-ville. Ses yeux fixaient chaque côté de la route, scrutant chaque maison, chaque boutique, chaque immeuble pour trouver l'objet de sa convoitise. Il s'arrêta devant trois, ou peut-être quatre endroits différents, et lut différentes enseignes. Il voulait trouver le bon endroit et ne s'arrêterait pas avant. Puis, enfin, il s'immobilisa devant le reliquaire. Le coffre aux trésors était en face de lui, il devait noter l'endroit et y revenir aussi vite que possible. Sa tête fit une rotation à 360°, et il prit le chemin de l'ouest en courant, pour ne pas perdre de temps. Le paysage défilait comme la nuit précédente, mais cette fois le jour se levait. Il trouva vite ce qu'il recherchait, partit payer au comptoir et sortit avec un pochon rempli de victuailles. Puis il retourna en sens inverse, faillit se perdre, et freina devant la boutique précédente. H-2 et 16 minutes.

Le temps lui parut long sans Sam. Il avait pris goût à sa compagnie et avait une envie irrésistible de la retrouver. Pourtant, quelque-part, il doutait à présent que le jour s'était levé. Il l'avait toujours rencontrée à l'ombre, et jamais un matin, ni en pleine journée, comme une métaphore d'une aurore impossible entre eux deux. Mais il ne baissait pas les bras pour autant et voulait faire le maximum. Il s'installa près d'un poteau et attendit inexorablement, regrettant d'avoir laissé sa musique dans son sac. Les minutes furent interminables, et les dernières semblaient ne plus vouloir avancer. A l'ouverture, il se rua dans l'entrée. H-1 approximativement. La quête fut de courte durée, et il jaillit sur son objectif. Dans une ruée infernale, il se précipita encore une fois vers l'hôpital.

Son retour fut presque instantané tellement il n'eut aucun mal à se repérer. C'était la première fois qu'il ne se perdait pas dans Tokyo, et ce serait sûrement la dernière. Il ne restait que quelques minutes avant que les portes des visiteurs ne s'ouvrent. Téméraire, il s'élança sans attendre vers la chambre de Sam à la minute où la même infirmière qui l'avait viré auparavant appuya sur le bouton, un sourire en coin. Il connaissait exactement l'emplacement de sa chambre, et il ouvrit la porte en trombe. En regardant du côté du lit, il chercha Sam dans chaque recoin, mais elle avait disparue. Elle devait être partie faire un examen, il devait forcément y avoir une explication rationnelle. Sans perdre espoir, il posa sur un bureau le sac du petit-déjeuner deluxe qu'il venait d'apporter à sa chère et tendre et garda le second dans ses bras. Il s'assit sur la chaise où il s'était endormi précédemment et commença la nouvelle attente. H+0 et 11 minutes. Pour patienter, il prit son portable et envoya un premier sms à Taiki.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Sam 6 Juin - 21:35

Le soleil baignait toute la pièce de sa lumière lorsqu'on se mit à me secouer.

« Mademoiselle ! Mademoiselle ! Vous allez bien ? »

J'ouvris un œil, puis deux, avec un grognement peu gracieux, et dévisageai l'infirmière penchée sur moi qui semblait réellement inquiète. Encore un peu dans les vapes, je me redressai en étouffant une plainte, une main maintenant le bas de mon dos, l'autre fermement appuyée par terre. J'étais étalée au chevet de mon propre lit, la tête contre ma couverture qui jonchait elle-même le sol. Contre toute attente, je m'étais plus vite endormie par terre que sur le matelas de mon lit d'hôpital. Résultat, je m'en sortais avec de sacrées courbatures au bras droit et un bon mal de dos. Manquait plus que ça.

L'infirmière m'aida tant bien que mal à me relever et à m'assoir sur le rebord du lit, croyant visiblement que j'étais tombée de celui-ci. Je la rassurai comme je pus, lui jurant sur tous les tons que j'étais descendue moi-même du matelas et que je m'étais endormie sans m'en rendre compte. Cependant, malgré tous mes efforts pour la faire dégager en vitesse et qu'elle me fiche la paix, elle insista pour me conduire au docteur Tameji. Je grommelai quelques insultes et finis par la suivre, me mouvant avec la grâce d'un canard boiteux jusqu'à je-ne-sais-quelle salle qui n'était, fort heureusement, pas si loin.

Là, l'infirmière me précéda et entra d'un pas déterminé. Je reconnus le docteur qui s'était occupé de moi la veille et la saluai d'un hochement de tête. Le temps que l'infirmière lui explique que la fin du monde était proche, j'observai les différentes affiches de prévention qui couvraient les murs du cabinet. Tabac, alcool, contraception, maltraitance, SIDA, il y avait de tout. Et quand enfin, elle acheva son discours sur l'événement tragique dont je venais d'être victime, le docteur se leva, me fixa et me demanda comment je me sentais.

« Bien. » mentis-je pour qu'on en finisse au plus vite.

Un regard noir de la part de Tameji suffit à ce que je reprenne avec un haussement d'épaules :

« J'ai toujours mal à la tête, j'ai chaud, je suis fatiguée, j'ai mal au dos et je sens plus mon bras à force de dormir dessus. »

« Tu ne devrais pas prendre les choses autant à la légère, Nayumi. » fit remarquer le docteur, appuyé par les approbations de l'infirmière qui se tenait juste à côté, bras croisés, et qui commentait à peu près toutes les fins de phrase de sa collègue.

S'ensuivit un long sermon sur l'importance de prendre mon traitement au sérieux et celle de rester sagement allongée dans la position qu'on m'indiquait jusqu'à ce qu'on m'autorise à bouger le petit doigt à moins qu'une bombe n'explose et ne m'achève avant. J'avais beau faire la maligne, je savais bien qu'elles avaient raison. Une fois déjà j'avais refusé d'écouter les conseils de Shiro, et voilà où j'en étais. Coincée à l'hôpital pour ce qui s'annonçait être une longue semaine. Peut-être bien que si je continuais à n'en faire qu'à ma tête je finirais à la morgue. Avec un soupir, je me décidai à acquiescer comme un automate à tout ce qu'on me disait. On m'examina un moment, s'assura que la sonde n'avait pas bougé, et me reconduisit à la chambre. Une fois encore, l'infirmière me soutint pour que je marche à peu près droit. L'hôpital m'avait comme vidée de mes forces, et je m'y sentais plus faible qu'au pensionnat.

Je croisai plusieurs personnes dans le couloir, contrairement à plus tôt où tout était désert, et comme je m'en étonnais, l'infirmière m'indiqua que c'était l'heure des visites.

« D'ailleurs, j'attends de vos amis qu'ils respectent ces horaires au même titre que les autres. » ajouta-y-elle en fronçant les sourcils.

Était-ce une mise en garde ? Je repensai soudain à Shiro. S'il avait bel et bien été là, avait-il croisé un membre du personnel ? Était-il tombé sur le cerbère qui me faisait office d'infirmière ? Que s'était-il passé pour qu'elle me fasse un regard aussi sévère ?

Je déglutis, m'appuyai à la porte de ma chambre que nous venions d'atteindre, et lui demandai de me laisser là. Cette fois, elle n'insista pas, et j'entrai en poussant un énième soupir. Là, la silhouette d'un jeune homme me surprit. On m'attendait, visiblement, à mon chevet. Lentement, un pas après l'autre, je m'avançai jusqu'au lit auquel je m'appuyai. Bien entendu, il s'agissait de Shiro. Maintenant que j'y voyais plus clair, je ne savais s'il fallait me réjouir de sa présence ou l'envoyer paître comme à mon habitude.

« Shiro, dis-je simplement en hochant la tête, mes yeux plantés dans les siens. Qu'est-ce que tu fais là ? »

Sans le quitter des yeux, je posai mes mains sur le matelas et lui fis signe de m'aider à me hisser dessus. J'étais curieuse de savoir ce qui l'avait poussé à venir me voir. Se sentait-il responsable de moi depuis la veille ? Ou bien même depuis que j'étais tombée dans les escaliers ?

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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Lun 8 Juin - 0:16
Lorsque nous sommes envahis par la crainte, l'appréhension règne sur un trône angoissant, voire terrifiant. Dans un malaise évident, nous nous trouvons être les victimes du roi de la peur, loyaux serviteurs des affres et suppliciants du silence. L’anxiété nous pousse à l'agonie, le tourment au cauchemar, et une chaîne solide rattache nos âmes fatiguées au linceul de l'absence. Pourtant, souvent, l'horreur n'est qu'un songe et la vérité surgit subitement dans son voile de couleurs.

L'attente était longue, les minutes étaient lentes et la matinée s'éternisait. Le garçon n'avait qu'une envie, c'était de retrouver Sam, depuis le petit jour jusqu'à maintenant, mais cette pause était aussi préoccupante que décourageante. On eut pu le voir se perdre dans la contemplation des draps blancs, face à l'horloge de la chambre, regarder dans le couloir ou encore se hasarder à la méditation du sol immaculé. Mais aucune de ces tâches si jouissives furent-elles ne purent détacher ses pensées de sa bien-aimée. Bientôt, des pensées négatives commencèrent à fustiger dans une fièvre mentale, et il commença à perdre confiance. Des spéculations néfastes hantaient sa cervelle, à propos de Sam sur une table d'opération ou allongée dans la rue après s'être enfuie. Il dut s'asseoir et patienter une éternité. La chaussure de Shiro tapotait régulièrement le sol, en cadence, lorsque la porte s'ouvrit aussi brusquement que son cœur tressauta. Nayumi Kondō.

Soulagé, il put respirer régulièrement à nouveau et profita de la voir dans la lumière du jour. Sam était un portrait parfait; son visage diaphane, ses cheveux dissipés, ses bras pâles, et cet air indolent, elle portait l'incommodité avec charme, et la lumière de la lucarne était son halo. Il ne put sortir un seul mot en la considérant, et la vit s'avancer lentement, avec légèreté et divinité, puis crut apercevoir un champs derrière cet ange, et des chérubins à ses côtés. Reprenant place dans la chambre d'hôpital de Matoya, il s'agrippa aux anses de sa chaise et referma sa bouche ouverte. C'était bien Sam qui se tenait face à lui, la femme qu'il convoitait, celle qu'il chérissait, et celle à laquelle il pensait constamment. Elle lui dit quelques mots d'une voix majestueuse, bien qu’exténuée, sèche, froide et grave, et elle lui fit un geste pour l'assister à se hisser sur son matelas. Ni une, ni deux, Shiro se jeta sur l'occasion pour lui venir en aide et l'assit sur le lit, en la prenant par le dessous des bras. Puis il posa une main derrière sa tête et, prévenant, l'aida à s'allonger. Il éluda complètement sa question et resta planté face à elle, ses yeux rivés sur les siens, et lui sourit en rougissant. Il détourna enfin la tête et chercha le sac de vivres du regard.


"Je t'ai apporté de quoi manger!"

Grand habitué des hôpitaux, il actionna la plaque mouvante sur le côté du lit de la jolie fille et la positionna face à elle, sans se demander si elle était capable de manger, si elle en avait envie, ou si elle n'avait pas déjà manger. Il semblait tellement absorbé par son manège qu'il ne fit même pas attention à la réaction de Sam. Il voulait s'occuper d'elle, pour la deuxième fois, et il ne faisait pas les choses à moitié. Sur la table, il posa un petit-déjeuner traditionnel japonais: du riz, de l'omelette, de la salade et du thé froid. Puis il percuta tout seul et baissa la tête.

"Oh bien-sûr tu n'es pas obligée de manger tout ça".

Puis il s'assit à côté d'elle et laissa le silence s'installer. Il se sentait assez mal à l'aise à la lumière du jour, et il ne savait toujours pas comment s'y prendre avec elle. Sam s'exprimait tellement peu, elle ne laissait pas percevoir ses émotions et souriait à peine, et sa situation présente n'aidait pas plus. Mais lui, Shiro, s'inquiétait, il était toujours vivant, parfois exubérant, il vivait intensément chaque émotion, et sa situation présente annonça la suivante. A demi-voix, il s'exprima à sa voisine.

"Sam...je suis tellement heureux de te voir en vie..."

Cette phrase était signée "Shiro Kaname", ce garçon s'attendait toujours au pire, à cause de son histoire familiale tragique. On ne pouvait lui en vouloir, l'incident avait été traumatisant, et il se sentait d'autant plus fautif envers Sam que toute cette situation était son propre méfait. Il portait le poids de ses responsabilités et les assumeraient entièrement. Dans une aspiration irréfléchie, il prit la main alors libre de Sam entre ses deux paumes, baissa la tête et continua sur sa lancée.

"Je suis désolé...je crois que tout est de ma faute..."

La phrase était lancée, et l'explication de son amnésie s'ensuivrait. Il devait lui annoncer ce dont il se rappelait pour éclaircir enfin le mystère de cette mémoire manquante.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Lun 8 Juin - 15:32

L'étonnement était un mot trop faible pour exprimer ce que je ressentais à cet instant précis. Et la stupéfaction n'était pas non plus l'expression adéquate. J'étais surprise, très surprise, du comportement de mon camarade. Après m'avoir regardée d'un air parfaitement béat, il s'était empressé de m'aider à m'allonger sur le lit avant de détourner son regard de moi en rougissant. Était-il gêné ? Avais-je quelque chose sur le visage ? En recoiffant rapidement ma mèche, je vérifiai que mon horrible pyjama était bien fermé. Mais tout semblait en ordre, et je ne voyais rien qui puisse le mettre dans un état si proche du ridicule. Mais il était doux, et plein d'une prévenance qui me touchait.

Lorsqu'il se mit à déballer l'intégralité d'un petit déjeuner bien plus consistant que ceux que je prenais quotidiennement, mon étonnement tourna à l'ébahissement. Alors c'était pour ça qu'il était parti comme un voleur ? Pour mieux s'occuper de moi à son retour ? Je n'avais vraiment pas l'habitude d'être traitée de la sorte. Avec Shiro, j'avais l'impression d'être une princesse qu'il faudrait choyer autant que possible, et ça n'était pas pour me déplaire. Ses gestes étaient sûrs, comme s'il s'agissait d'un rituel qu'il avait déjà effectué cent fois, et j'en restai muette de surprise.

Je fus incapable de murmurer le moindre merci, ni même d'esquisser le moindre geste pour lui faire comprendre ma gratitude. Tout ce que je savais, c'était que mon appétit s'éveillait d'un seul coup à la vue de la nourriture, alors que mon ventre était encore noué la minute précédente. J'attaquai donc le repas par la salade, dont je raffolais.

Je ne remarquai même pas qu'un silence s'installait, tant manger me procurait un bien fou, jusqu'à ce que Shiro déclare :

« Sam... je suis tellement heureux de te voir en vie... »

Ces quelques mots firent écho à ceux du docteur Tameji dans ma tête. Est-ce qu'ils avaient tous signé un l'acte pour considérer ma mésaventure comme un début d'apocalypse, ou bien étais-je réellement inconsciente ? J'étais interloquée, et un peu perdue. Mais mine de rien, j'étais heureuse qu'on s'inquiète de la sorte pour moi. Puis ses mains attrapèrent la mienne, sans que je m'y attende, et il poursuivit :

« Je suis désolé... je crois que tout est de ma faute... »

Plus que ses mots, son geste me troubla. Pourquoi mon cœur battait-il plus vite ? Pourquoi avais-je l'oppressante impression que mon pouls s'emballait et que ma cage thoracique devenait trop étroite pour moi ? Et pourquoi n'arrivai-je pas à le repousser ? Le temps d'un instant, je m'étais imaginée retirer ma main, mais quelque chose en moi s'y refusa, et je le laissai faire. Une douce chaleur empourpra légèrement mes joues alors que je baissais la tête.


Cachée derrière mes longs cheveux, je murmurai un « Désolée... » inaudible , sans vraiment faire attention à ce qu'il s'apprêtait à me dire. Les mots avaient franchi la barrière de mes lèvres sans que je ne puisse rien faire pour les retenir, et pour la première fois depuis longtemps, je m'excusais.

« Tu avais raison, j'aurais dû t'écouter. J'aurais dû rester avec toi comme tu l'avais dit, et j'en serais peut-être pas là aujourd'hui. »

Un blanc suivit, et je me perdis dans la contemplation de mon omelette. J'aurais voulu me gifler pour avoir l'air si niaise. Ça ne me ressemblait tellement pas... Mais d'une certaine façon, je me sentais comme libérée d'un poids.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mar 9 Juin - 9:45
L'imprévisible est une source paradoxale à la fois vivifiante et désarçonnante. Enivrant, il empourpre et aguiche, étonnant, il rosit et tracasse, renversant, il blêmit et obsède. Aussi inespéré que déroutant, c'est un coup du sort entre pile et face né d'une réaction considérable. L'aporie de l'imprévisible, s'il ne permet pas sa compréhension, ajoute du piment au carrousel incoercible de la vie.

Ce mot, cet unique mot résonnait dans l'esprit troublé du garçon. Le visage toujours baissé, ses yeux s'étaient écarquillés, il venait à l'instant d'entendre la demoiselle face à lui s'excuser. Perturbé, les joues rosies, il comprit instantanément qu'il n'avait pas été en faute. Shiro n'était jamais sorti de l'escalier de Penrose, Shiro ne l'avait pas quitté, Shiro était toujours dans l'ombre, seul et abandonné, Shiro s'était évanouit dans la cage et n'avait pas été capable de s'en délivrer. Des images fugitives filtrèrent de la boîte interdite de son crâne meurtri. Une parole venait de délivrer un flot incohérent de pensées qu'il avait laissées de côté, et s'il ne parvenait pas à les attraper au vol et à se les exprimer, ils étaient bien là, quelque-part à attendre qu'il soit capable d'affronter. Si la surprise de l'imprévisible l'affecta, la suite se fit encore plus persistante.


« Tu avais raison, j'aurais dû t'écouter. J'aurais dû rester avec toi comme tu l'avais dit, et j'en serais peut-être pas là aujourd'hui. »

Cette seconde phrase était l'allocution d'une délivrance, et chacun des termes choisis par Sam ébranla le garçon. Il avait oublié de nombreux souvenirs sans jamais s'en rappeler, et pour la première fois quelqu'un parvint à dominer l'incontrôlable. En quelques secondes, le puzzle éparpillé du moment qu'il avait passé avec Sam lui revint en mémoire. Il revit sa chute dans l'escalier, il se remémora l'heure dans la cage, la façon dont il s'était occupé d'elle, et leur proximité de plus en plus évidente. Il revit enfin la canette de jus de pomme de la discorde, celle qui les rapprocha puis les sépara. Il l'avait laissée partir, n'avait pas été capable de la retenir, et s'en était voulu au point de perdre une partie de son souvenir. Il se rendit compte en un instant de son erreur, et de l'importance capitale que Sam avait pour lui.

~/o-Anywhere But Here - Safetysuit-o\~


Dans un parc aux abords de la ville de Tokyo, Shiro avait rencontré Sam, son unique, son évidence. En un regard, il était tombé amoureux d'elle et l'avait poursuivie. Sa danse avait été un appel à la séduction, et si son entreprise avait échouée, il s'était rendu compte du bonheur qu'il pouvait éprouver à la considérer. Il l'avait revue dans une cage d'escaliers, et s'était attaché à elle à la minute où ils furent tous les deux seuls. Dans la pénombre de leur liaison, il était devenu un homme et s'était abandonné au désir de la posséder à jamais dans une prison dorée. En seulement plus d'une heure, il avait su qu'il voudrait être celui qui prendrait soin d'elle et qu'elle n'était pas qu'un coup de foudre pour lui. De nature timide, il s'était débattu avec lui-même et était devenu un garçon confiant à ses côtés. Pourtant, il avait échoué à la garder. Pendant quelques jours, même sans souvenirs, il avait contemplé la douceur et l'ardeur de ce rêve brisé et n'avait plus pensé qu'à elle. Sam était une image constante dans le trouble de sa raison, il s'était senti vivant à ses côtés, jusqu'à se décider enfin à revoir sa mère grâce au courage retrouvé. A son retour, il ne l'avait pas quittée des yeux, et n'avait pas hésité à reprendre le flambeau qu'il avait abandonné dans l'épisode de son emprisonnement. Il avait lutté contre la douleur et la pluie pour l'emmener à l'infirmerie, s'était enfuit de l'internat pour passer la nuit à ses côtés, et venait enfin de délivrer ce qui lui paraissait avoir disparu à jamais. Sam révélait Shiro, et la lumière du jour inaugura le retour de son incandescence. Sa flamme brûlait, plus forte que jamais, et jaillit dans son âme telle une torche, révélant le rubis chatoyant de ses sentiments.

Shiro se leva et s'approcha de Sam, lentement, puis la prit dans ses bras. Peut-être était-ce prématuré pour la jeune fille, il n'avait aucune assurance de ses sentiments et son caractère était aux antipodes de celui de Shiro, mais elle lui avait appris à être lui-même et à trouver en lui la force de lutter. Quelques mots de sa part lui étaient suffisants, quelques gestes, quelques sourires, il n'en demandait pas plus. Il posa une main sur ses cheveux et l'autre dans son dos, puis la serra contre lui dans un geste assuré.


"Sam, laisse-moi te protéger".
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mar 9 Juin - 13:26

De toute ma vie, rien ne parut jamais plus long que l'immense silence qui suivit ma déclaration. Des mots que je ne pensais jamais prononcer avaient jailli, spontanés et libérateurs, annonçant quelque chose d'aussi nouveau qu'inopiné. Pourtant, je ne devais rien à Shiro, bien au contraire. J'étais libre de suivre ses conseils ou non, et personne n'aurait pu exiger de moi des excuses, ou quoi que ce soit qui y ressemblât. Il n'était ni mon père, ni mon frère, ni un tuteur, et encore moins un professeur. Je ne lui devais rien. Et il était le seul auquel n'adressais ces mots depuis bien longtemps.

Et tandis que le malaise se prolongeait, je gardais la tête baissée,  honteuse, perdue, en colère contre moi-même et contre ma sottise. Je m'étais ridiculisée, et il devait me prendre sinon pour une idiote, pour une faible. J'avais envie de disparaître six pieds sous terre, de disparaître de cette chambre affreuse dont l'odeur me répugnait, et de ne plus jamais avoir à affronter le regard de Shiro. Peu de gens pouvaient se vanter de m'avoir vue s'abaisser de la sorte, et l'idée même que cela pourrait se savoir me mortifiait.

Perdue dans mes pensées, je ne vis même pas le garçon se lever, et ne réalisai notre promiscuité que lorsqu'il referma ses bras sur moi, une main posée au niveau de mon rein, et l'autre enfouie dans mes cheveux. Ma première réaction fut de sursauter, mais une fois encore je ne pus me résoudre à le repousser. Si un millier de questions me plongea dans une réflexion intense par la suite, sur le moment, je fus incapable de m'interroger au sujet de quoi que ce soit. Tout ce à quoi je pouvais penser étaient les dizaines de bras qui m'avaient serrée de la sorte, quoi qu'avec souvent moins de douceur, à tous ceux qui m'avaient fait partager leur chaleur avant lui. J'avais connu assez d'hommes pour savoir à quel point cette étreinte était chaste et sincère. Je connaissais cette sensation, l'épaule d'un homme contre ma joue, un bras puissant dans mon dos, un visage tout près du mien... Je la connaissais par cœur, et pourtant, tout était différent cette fois-ci. C'était doux, honnête, dénué de toute mauvaise intention, et ça me faisait un bien fou.

Alors, sans trop réfléchir, je posai une main sur son épaule et y nichai mon visage. Et même si ce moment ne dira qu'un court instant, il me marqua profondément. Quand il me demanda sur un ton des plus doux de le laisser me protéger, mon cœur s'emballa à nouveau, jusqu'à battre à tout rompre, et je fus plongée dans l'incapacité la plus totale de toute réflexion. Si j'avais essayé de dire quoi que ce soit, les mots se seraient entrechoqués pour ne donner qu'un cafouillis insensé. J'avais chaud, et froid à la fois, je ne comprenais rien de ce qui se passait, et mettre des mots sur ce que je ressentais aurait été une tentative risible. Et pour échapper à toute cette incohérence, à cette incompréhension qui m'étouffait chaque seconde un peu plus, je ne trouvai rien de mieux que de donner un coup de genou dans la tablette de mon lit, renversant du même coup le thé froid sur la couverture. Il fallait que je me libère de cette emprise qu'il avait sur moi, avant de me perdre tout à fait dans son étreinte.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mar 9 Juin - 14:45
~/o-More - Tyrone Wells-o\~


* Cette première intimité est restée gravée dans mon esprit, je me rappelle encore de la chaleur de ses bras, je me rappelle de la douceur de ses cheveux, et de l'intensité de cette minute. Nous n'étions plus que deux, et le monde s'était effacé pour laisser place à notre étreinte. Je ne savais pas si cette entente était faite pour durer, ou si la fille de mes rêves ressentait quoi que ce soit pour moi, mais j'étais prêt à ne plus la laisser fuir. Certaines flammes ne s'éteignent jamais vraiment, le vent, au contraire, les attise et leur permet de s'épanouir. *

Shiro sentit le visage de Sam posé sur lui, et sa main sur son épaule. Il ne voulait plus se séparer d'elle, sa présence le rassurait et appaisait les craintes et les troubles de sa mémoire. Il aurait pu rester ainsi plusieurs minutes, à passer sa main dans ses cheveux, à la serrer contre lui, mais lorsqu'il passa sa main sur la joue de Sam, il sentit le thé froid couler sur l'une de ses manches. Le réveil fut brutal, mais cette fois il n'était pas décontenancé, et si ses joues s’embrasaient, il réagit avec promptitude et s'attela à reposer le thé sur la tablette puis se dirigea vers la petite salle de bains jouxtant la chambre en lui annonçant qu'il allait s'en occuper. Il chercha rapidement une petite éponge pour absorber le liquide et s'arrêta devant la glace. La méditation de son visage le maintint occupé un moment. Shiro n'était pas rouge, il était écarlate, et il surprit son coeur battant à tout rompre. Était-il allé trop loin? Serait-il capable de se représenter à Sam et de continuer ce qu'il venait de commencer? Il lui avait demandé de la protéger, et s'était senti plus vivant que jamais. Cette phrase était véridique, c'était ce qu'il souhaitait, envers et contre tout. Mais le pouvait-il réellement après son premier échec? Shiro doutait de ses capacités, et pourtant il prit la décision de suivre son instinct au moment où il retroussa ses manches pour passer l'éponge sous l'eau. Les sourcils froncés, le regard de braise, il repartit de la petite salle.

Le peu de liquide coulait sur le sol, et Sam ne semblait pas avoir bougée ou retouché à son repas. Il commença à éponger les bords des draps, puis le sol, et après un aller-retour à l'évier, se rapprocha peu à peu de la jeune fille. Il était tellement gêné qu'il n'osait pas la regarder, mais il savait que son visage était à côté du sien alors qu'il frottait légèrement le drap. La tension était vive, et sa maladresse la renforçait. En levant peu à peu les yeux vers elle, il sembla qu'elle tournait la tête pour ne pas le regarder. Il abandonna ses idées abracadabrantes et se releva dans un
"C'est tout bon!" vaguement satisfait. Le moment devenait gênant, et il n'osait plus rien dire. Devait-il abandonner?

Il se dirigea vers sa chaise et s'accroupit. Il y avait autre chose dont il voulait lui faire part, une chose qu'il avait achetée et qu'il comptait lui remettre. Hésitant, il observa un moment le paquet et l'agrippa dans ses bras. Il se releva rapidement et le lui présenta, la tête baissée.


"C'est pour toi, Sam!"

Sa voix avait pris un ton inhabituel, et il venait de parler plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Le rouge de ses joues s'intensifia encore, et il attendit patiemment que Sam prenne le présent qu'il lui offrait.

* Les astres t'ont toujours accompagnée Sam. La première fois que je t'ai regardée, je t'ai vue observer les cieux de tes yeux d'ébène. Si je n'ai d'abord fais que te croiser dans l'ombre, je voulais moi-même être l'étoile que tu contemples le soir et éclairer tes jours de ma lueur. Je crois que j'ai toujours eu peur de te perdre, Sam la rebelle, toi qui passes souvent mais ne t'arrêtes jamais et c'est pour cette raison que j'ai voulu t'offrir ce bracelet. Pour que plus jamais tu ne t'échappes, pour ne plus que tu disparaisses, pour ne plus que tu t'abîmes, pour ne plus que tu t'effondres, je t'ai offert le symbole de mon souhait. L'étoile que tu portes au poignet, si je ne te l'ai jamais dit, est celle de notre rencontre *.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mar 9 Juin - 15:56

Je me sentais à la fois désolée pour Shiro qui devait tout nettoyer, et soulagée d'avoir mis un terme à un moment aussi gênant. Gênant, et pourtant si agréable... Pendant que le garçon s'affairait à réduire l'ampleur des dégâts causés par mon geste malheureux quoique volontaire, je fermai les yeux et me remémorai ce que je venais de vivre, tachant plus ou moins consciemment de n'en rien oublier. Je voulais à nouveau ressentir ses mains sur mon corps, la chaleur de ses bras, et le sentiment inconnu qui m'embrasait, et qui, je le sentais, pourrait bien grandir jusqu'à m'en retourner les tripes. Ça n'était pas bon, pas bon du tout... Shiro commençait à me faire perdre pied, et j'avais l'horrible impression que mon corps défiait ma raison, qu'il se jouait de ce que je tâchais tant bien que mal de lui imposer.

Je secouais la tête, dans une énième tentative de me défaire de toutes les sensations qui m'assaillaient. Indubitablement, je tombais amoureuse, et je n'en voulais rien savoir. Ça ne m'était jamais réellement arrivé, du moins pas de cette façon, et j'étais bien incapable de différencier l'Amour, le vrai, du désir ou même de l'affection. Et si je savais bien que je désirais les bras de Shiro à nouveau, alors qu'il venait tout juste de se séparer de moi, je n'avais absolument pas conscience que mon cœur, lui, avait compris de quoi il retournait réellement. Et je ne comprenais pas non plus ce qui poussa le jeune homme à me présenter un petit paquet, les joues rouges et la voix anormalement forte.

Surprise d'être ainsi tirée de mes pensées, je levai les yeux sur Shiro et le dévisageai. À cet instant précis, il illustrait parfaitement le mot "embarras". Il n'osait même pas me regarder, et j'hésitais sur l'attitude à adopter. Pourtant, cela ne me ressemblais pas, j'étais une fille impulsive, mais avec lui tout paraissait plus délicat. Comme si j'avais peur de le blesser avec un mot de travers ou un geste inapproprié.

Après m'être mentalement administrée une gifle monumentale, je cessais de le fixer de mes yeux ronds comme des soucoupes et me redressai pour saisir le paquet. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, et si j'avais une demi-seconde pensé à un supplément au petit-déjeuner déjà suffisamment copieux qu'il m'avait offert, rien ne m'avait préparée à ce que je vis une fois le paquet ouvert.

« C'est... pour quoi ?... Enfin... Je comprends pas... » murmurai-je en découvrant un bracelet argenté.

Je cherchai le regard de Shiro, étonnée. N'importe qui m'aurait trouvée naïve ; je n'y comprenais sincèrement rien.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mar 9 Juin - 17:10
Shiro sentit le paquet lui échapper des mains et fut soulagé qu'elle l'ait accepté. Il patienta, les mains dans le dos, une mimique se dérobant sur son visage. Plus elle s'approchait de la surprise, plus il angoissait. Il espérait vraiment que ce bracelet lui plaise et il voulait la voir le porter. Il signifiait beaucoup pour lui, il l'avait choisi avec soin, en regardant chaque vitrine, pour trouver le symbole exact qu'il recherchait. Il avait trouvé l'étoile, qu'il ambitionnait à être, objet curieux qui lui avait montré la voie à suivre dans ses moments de faiblesse, et l'avait mené à Sam. Elle semblait étonnée, et Shiro eut un soupir de soulagement. Il avait eu, encore une fois, peur qu'elle s'enfuit. Sa question était délicate, mais elle parut tellement naturelle que le garçon retrouva toute sa prestance. Il s'assit sur la chaise et s'approcha de Sam en même temps qu'il parlait.

"La première raison, c'est pour te remercier de ce que tu as fait pour moi en me ramenant mon sac la première fois que l'on s'est rencontrés. La seconde, c'est pour m'excuser de tout ce que je t'ai faite endurer..."

Son visage était devenu un peu plus grave au fur et à mesure de son explication. Il n'arrivait toujours pas à vraiment se pardonner ce qu'il lui avait fait subir dans les escaliers. Mais il voulait lui donner la vraie raison, et ne pouvait pas s'arrêter là-dessus.

"Et la troisième, c'est pour te souhaiter un bon rétablissement et te prouver que ce que je t'ai dis tout à l'heure ne sont pas des paroles en l'air".

Il n'était toujours pas capable de le lui dire dans les yeux, mais il pensait chaque mot qu'il prononçait. Il devait se justifier de son mieux et se lancer dans la fosse aux lions. Sam avait besoin d'explications et Shiro lui en donnerait, peu importait son désarroi, son angoisse, le pourpre brûlant de ses joues ou sa fatigue, il voulait Sam et ne s'arrêterait pas en chemin.

"Sam, tu n'es pas obligée de l'accepter...mais sache que tu comptes pour moi. Tu m'as plu, dès la première fois que j'ai croisé ton regard".

Il était déterminé à poursuivre son rêve, un refus ne le ferait pas reculer. Sam serait l'essentiel de sa vie, il ne l'avait pas tout de suite accepté, mais il ne reculerait plus. C'était son histoire d'amour, et il ne la laisserait à personne d'autre. Il comptait se battre, vivre pour elle et par elle, même s'il s'attendait à ce qu'elle lui demande de partir. Prématuré ou non, il comptait lui offrir ce cadeau et réessaierait dix fois s'il le fallait. Il prit le bracelet dans la boîte, et le tendit en face de Sam, en attendant qu'elle lui offre son bras, ou lui demande de sortir.

La loterie des décisions est un jeu de bascule entre alternatives. Il n'y a pas de meilleur chemin, seulement une suite de choix dans le labyrinthe du libre arbitre. Parfois, un sentier esquisse l'aurore naissante, parfois, une route mène au crépuscule déclinant. Mais la décision n'est jamais duelle, il y a de nombreuses possibilités dans l'embranchement des conclusions. L'étoile est un carrefour de potentialités, dont la lumière de l'astre figure sa nature; comète, nova, ou supernova.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mer 10 Juin - 12:02

J'avais écouté Shiro patiemment, méditant chacun de ses mots, sans comprendre pour autant où il voulait en venir. Il paraissait rougir de plus en plus, mais poursuivait toujours avec le même aplomb, comme si rien ni personne ne pouvait se dresser entre lui et ce qu'il avait à dire. Et à mesure que ses joues s'empourpraient et que son regard me fuyait, ses intentions devinrent évidentes. Il était en train de se déclarer, petit à petit, avec une simplicité déconcertante. Si déconcertante que je ne dis pas comment réagir.

Et voilà qu'il me présentait le bracelet, avec son joli pendentif en forme d'étoile, l'éclat de ses yeux démontrant la sincérité de ses propos. Alors je lui plaisais vraiment... Il ne tenait qu'à moi de le satisfaire, de faire ce geste qui le ferait enfin sourire et qui calmerait sa nervosité. Mais je ne m'y attendais tellement pas que je ne sus que bafouiller quelques hésitations pathétiques avant de murmurer les premières choses qui me passèrent par la tête :

« Je... Je sais pas ce que y a avec toi, c'est bizarre. Comment te dire... Je t'aime bien, enfin je me sens bien avec toi, et j'apprécie ta compagnie, tu m'as beaucoup aidée... »

Je n'aurais jamais pensé dire une chose pareille à quelqu'un comme lui. Je n'avais jamais envisagé une quelconque relation avec les gentils garçons de mon âge. Non, j'étais habituée à des hommes plus virils, plus âgés, et surtout beaucoup plus entreprenants. Des hommes qui ne s'embarrassaient pas de ce genre de déclarations. Et son attitude laissait croire qu'il voulait s'engager sur le long terme. Shiro, lui, était différent. Il m'apaisait par sa douceur et sa prévenance. Il n'y avait rien entre nous qui ressemblât à la fougue, à la passion que je connaissais. Je lâchai un rire nerveux en secouant la tête.

« Mais franchement, tu m'as vue ? On est... On est le jour et la nuit ! Enfin regarde-toi... Et regarde-moi... On a rien en commun. »

De la main, je m'étais désignée, mais c'était peu convaincant. Je ne portais pas mes vêtements habituels, ceux qui faisaient peur, qui impressionnaient, et qui maintenaient constamment les gens à une distance raisonnable de moi. Je me demandais s'il aurait osé me dire toutes ces choses si je n'avais pas revêtu le pyjama réglementaire de l'hôpital. Avait-il conscience de ce qu'il me demandait ? Comment me voyait-il ? Quelle petite amie pensait-il que je serais ?

« Je suis pas la fille qu'il te faut. » soufflai-je avec un pauvre sourire.

Pour la première fois de ma vie, je me sentis sincèrement, profondément désolée de rejeter quelqu'un. Alors, délicatement, je me redressai, mis mes mains sous la sienne et repliai mes doigts sur les siens, jusqu'à les refermer sur le bracelet.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mer 10 Juin - 14:12
Refuser n'est pas un échec, c'est un acte discutable et réversible. Il n'y a pas de caractère péremptoire dans le rejet, seulement une résistance parfois momentanée ou d'autres fois durable, mais si certaines résolutions sont catégoriques, toutes ne le sont pas. Shiro subissait une éclipse tandis que Sam rejetait la lueur de son bracelet, mais il n'était pas prêt d'abandonner, il voulait triompher et glorifier l'éclat du feu ardent qui brûlait en lui.

Malgré son sourire franc, Shiro connaissait déjà la réponse de Sam, il s'attendait à être rejeté mais cherchait dans son attitude, ses prunelles, son verbe, l'espoir d'une chance aussi infime fût-elle. Bien-sûr, il aurait aimé pouvoir la convaincre, qu'elle partage ses sentiments, qu'elle accepte ce bracelet, mais il se trouvait être face à Sam, la fille qu'il avait observée jusqu'à maintenant, l'infranchissable, la révolutionnaire, Sam la tenace. Il l'écoutait débiter son message, mais ses méditations ne suivaient plus. Shiro subissait son rebut, et malgré son sourire franc, Shiro éprouvait déjà la douleur.

A chaque nouvel assaut, il subissait la houle, et son navire dérivait. Il observait calmement l'horizon, emporté par la chaleur incognoscible de Sam, envahi par le jais inintelligible de Sam, précipité par les lèvres inaccessibles de Sam. Ils étaient maintenant proches, mais s'éloignaient peu à peu, et Shiro ne pouvait pas le supporter. Ainsi, il se laissa lentement déborder, progressivement...

Notre entendement réagit à diverses sollicitations, et amorce une démarche à suivre selon le degré d'incursion. Par exemple, la parole réclame l'ouïe, mais s'il n'éveille pas forcément de discernement, son incursion paraîtra négligeable. Autre exemple, un parfum suscitant l'odorat, s'il ne révèle pas l'attirance, ou l'aversion, son incursion ne manifestera pas de requête. Mais au contraire, si une personne du sexe opposé s'approche de vous, pose délicatement ses mains sur les vôtres, et établit un contact personnel, l'incursion parvient à engager nos émotions et l'intercède à notre stimulation.

Shiro considéra le visage de Sam tandis qu'elle refermait peu à peu ses mains sur le bracelet, et son sourire se fit plus persistant. Cet échange lui signala le radeau de sa survie, et le pressa de ne pas abdiquer. Pour la première fois de sa vie, il sentit un refuge auprès de Sam, et sa douceur parvint à révéler sa profondeur. Cette fille ne communiquait pas avec les mots, mais avec des gestes, et Shiro venait de l'éprouver. Alors qu'elle retirait ses mains, Shiro posa la sienne sous le menton de la fille et confronta son regard au sien. Incorrigible, il prononça sa sentence.


"Nayumi Kondō, tu es celle que je veux".

Puis il la lâcha dans cette dernière approche et se leva instantanément. Il rangea ses affaires et referma le bracelet dans sa boîte, puis remit son bonnet sur la tête. Debout, il se retourna face à Sam, éclairé par la lumière. La mine ravie, réjouit à pleines dents, il semblait à peine affecté par la scène précédente. Il posa sa main sur la tête de la jeune fille et se pencha vers elle pour déposer à tire-d'aile un baiser sur son front échauffé. Puis il repartit vers la porte et sans se retourner, dans l'embrasure de l'issue, lui prononça ces mots.

"J'attendrais autant de temps qu'il te faudra, mais je compte pas abandonner". Il leva le bras, de telle sorte que Sam puisse voir sa main. Il portait entre trois doigts une petite boîte. "Et je garde précieusement cette boîte en t'attendant". Il se retourna fugitivement pour regarder Sam, à demi-sourire, et lui dit faiblement ces quelques mots: "Je repasserais te voir, Sam", avant de se dérober à la vue de la demoiselle. Dans le couloir, il perdit toute trace de cet éternel sourire et distança peu à peu la chambre désormais infranchissable de la belle.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname] Mer 10 Juin - 15:25
Sujet terminé et archivé.
10 Okanes chacun pour avoir balisé le titre.
Bon jeu !
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MessageSujet: Re: [Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname]
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[Terminé] Hôpital Matoya ~ « Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. » [Sam Kondō & Shiro Kaname]

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