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« Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako]

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MessageSujet: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Mar 27 Oct - 15:24
Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive.


Chloé ~ Hanako



  Le grincement des gonds rouillés m’arracha un frisson. Maintenant la porte du placard grande ouverte, je m’emparai de deux serpillières et d’un seau dans lequel quelqu’un avait laissé un produit d’entretien, avant de tout déposer à mes pieds.


« Referme bien à clef. » avait insisté le proviseur en me confiant le trousseau que j’avais aussitôt glissé dans la poche de ma veste.


Sans doute avait-il l’habitude que des élèves négligents omettent de refermer son foutu placard, ou bien me prenait-il réellement pour une cruche. Cette option était tout aussi probable que la première, tout compte fait. La plupart des professeurs me considéraient comme une attardée, de toute façon, mais cela n’avait pourtant pas empêché mon prof de sport de me coller. Trop d’absences injustifiées, paraît-il. S’il savait le nombre de cours de sport dont je m’étais auto-dispensée dans mon lycée en Belgique, pour aller faire les quatre cent coups, flanquée de Shun-kun et de deux ou trois autres potes tout aussi peu consciencieux. Il faut croire que les japonais ne faisaient pas dans la demi-mesure, à peine trois cours sans me voir et je me retrouvais collée une heure, avec en plus des « travaux d’intérêt général » sur le dos.


Poussant un énième soupir, j’attrapai deux tabliers, les balançai dans le seau avec le produit et verrouillai le placard. Le seau dans un main, les balais dans l’autre, je me dirigeai sans hâte vers le gymnase, qui par chance, était désert ce jour-ci. Pourtant, nombreux étaient les sportifs qui venaient s’entraîner sur leur temps libre, mais ils respectaient généralement les jours réservés au ménage. Posant le matériel dans un coin, je passai un tablier à mon cou et le nouai autour de ma taille en soupirant. Sérieux… Pourquoi fallait-il qu’on nous consigne juste à la fin des cours, alors que j’étais censée retrouver Minoru ? Cette punition me faisait doublement chier, d’une part parce que récurer un gymnase ne m’éclatait pas tant que ça, et d’une autre parce que rater un moment privilégié avec mon amoureux, eh ben… Eh ben ça me saoulait, voilà. Depuis un mois et demi que nous sortions ensemble, j’avais l’impression de ne jamais le voir assez, et l’émission à laquelle nous avions participé n’avait rien arrangé ; ne pas pouvoir lui parler librement, me forcer à ne jamais effleurer sa main, ignorer cette irrépressible envie de me jeter à son cou, tout ça s’était révélé bien plus difficile que je ne l’aurais cru.


« Ma pauvre fille… T’es foutrement amoureuse. » ricanai-je en entrant dans les toilettes jouxtant les vestiaires pour remplir le seau d’eau chaude.


J’observai rapidement mon reflet dans le miroir tout en maintenant le seau sous le robinet. Les cernes qui creusaient mon visage quelques semaines auparavant s’étaient peu à peu effacées, et j’avais retrouvé bonne mine. Le plus dur me semblait déjà loin derrière moi, et je commençais à me convaincre que, finalement, la vie à Tokyo avait du bon. D’une main habile, je coinçai une mèche folle qui, je le pressentais, ne tarderait pas à me gêner, dans le chignon que j’avais fait à la va-vite, avant de couper l’eau et de retourner dans le gymnase.


La grande salle était toujours vide, et je commençais à m’inquiéter. On m’avait pourtant bien précisé qu’un autre élève serait collé avec moi… S’il ne comptait pas venir, j’allais me retrouver seule pour faire tout le boulot, et j’en aurais pour bien plus d’une heure. Un coup d’œil à l’écran de mon portable me confirma que oui, l’autre élève était bel et bien en retard d’une dizaine de minutes.


Agacée, je me saisis d’une des deux serpillières et me mis au travail. Je comptais pas y passer la soirée, alors autant retrousser mes manches dès maintenant !



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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Mar 27 Oct - 22:19
La vie reprenait son cours, lentement mais sûrement. L'automne était à nos portes, les élèves gueulaient dans les couloirs, la routine reprenait le dessus. Mais moi j'avais l'impression de stagner. Depuis ce fameux jour. Depuis que j'avais perdue toute accroche. Depuis que j'avais décidé de changer. Par la force des choses, mais pour survivre aussi. Je n'avais plus envie de rien. A vrai dire, rien que de mettre un pied devant l'autre chaque jour était un effort surhumain. Mais je le faisais, tant bien que mal. Parce que je devais atteindre mon but. Je devais m'élever et réussir avant qu'on ne me bouffe entièrement. Mais j'étais lasse, que ce soit d'exister ou de me démener quand tout combat semblait perdu d'avance. Je m'étais débattue, encore et toujours, depuis ma naissance. Mais ça n'avait jamais porté ses fruits, je n'avais jamais fait que régresser, encore et toujours. Qu'avais-je aujourd'hui si ce n'était une famille d'inconnus et un héritage que je ne voulais guère ? Que me restait-il si ce n'était mon triste sort pour pleurer ?

Je n'avais plus personne à qui me raccrocher. Et je ne voulais plus personne dans ma vie non plus. Les femmes m'avaient dépouillées, les hommes trahis et abandonnés. Je n'étais qu'un jouet laissé sur le pavé. Écrasé, piétiné et délavé. Une marionnette sur les fils duquel on avait trop tiré, cassés à force de résister. Un pion mit échec et mat sur l'échiquier du monde. Enfin vous avez compris quoi. Et au lieu de passer à autre chose, je ne faisais que ressasser. Chercher ce qui clochait chez moi. Sauf qu'au final, je n'étais pas sure que ce soit moi le problème. Plus ce nom, que j'avais toujours haït. Ce nom, que mon père m'avait légué. Ce nom, qui m'avait souillé. Et c'était bien la seule et unique chose qui me rattachait actuellement aux membres de ma famille. Si on pouvait appelé cette mascarade, voir ce carnage, une famille.

Aujourd'hui, j'étais revenue en cours après presque un mois d'absence. La classe m'avait accueilli les bras ouverts, mais je n'en avais que faire. Leurs rires gras me gonflaient, le volume sonore me saoulait, et les profs m'emmerdaient. Autant dire que c'était mal parti pour que j’atterrisse en C. Je n'avais que trop fait l'impasse sur tout ces deux dernières années, maintenant, j'en payais le prix. J'avais besoin d'espoir, de cette force, cette adrénaline qui permettait de se surpasser. Mais j'avais l'impression d'avoir tout épuisé ces derniers mois. Devais-je me servir de ma rage pour vaincre, au risque de me consumer ? Il me restait déjà si peu d'humanité... La fin des cours avait sonné, et le prof était venu me parler, à reculons. Il voulait que j'aille en colle, enfin, que je nettoie le gymnase quoi. Autrefois, je l'aurais envoyé chier avec délicatesse, ou pas. Mais aujourd'hui, je le voyais comme un moyen de rattraper des points. J'acceptais donc, sous son regard incrédule, et j'eus peur qu'il ne fasse un arrêt cardiaque. Je sortais donc et me dirigeais vers le point de rendez-vous, sans trop me presser. Pas que ça ne m'enchante pas non plus, mais bon...


Une fois sur place, je remarquais que quelqu'un étais déjà là et avait commencé à passer la serpillière. Je la regardais un instant interdite avant d'hausser les épaules. Après tout, j'étais partie avant que le prof ne puisse finir ce qu'il avait à me dire. Je ne savais si je devais me réjouir d'avoir le travail divisé de moitié ou si je devais au contraire me sentir saoulée de devoir supporter quelqu'un. Enfin, je la connaissais pas, alors peut être qu'elle me foutrait la paix. Elle pouvait aussi être d'agréable compagnie. Mais je doutais de pouvoir lui rendre la pareille. Je m'approchais donc en lui lançant un petit « s'lut » avant de m'excuser très brièvement de mon retard et empoigner le balais. Je le regardais un instant, soufflais, puis me commençais ma tâche. Depuis quand je m'étais reconvertie en femme de ménage sérieux ?
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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Mer 28 Oct - 17:55
Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive.

Chloé ~ Hanako



J’avais commencé par le coin le plus éloigné de la porte principale, histoire de pas me retrouver coincée au fond du gymnase une fois le travail terminé. Ça m’était déjà arrivé une fois, du temps où je filais des coups de main à la femme de ménage de ma famille d’accueil. La pauvre femme avait cédé à mes caprices en me laissant passer la serpillière dans la salle de bain pendant qu’elle se chargeait du repassage - car oui, à l’époque, je faisais des colères énormes pour qu’on me laisse faire le ménage - et ayant commencé par la porte pour reculer ensuite jusqu’à la baignoire, je m’étais retrouvée piégée contre le mur. Et comme j’avais tenté de regagner la sortie malgré tout, j’avais glissé sur le carrelage mouillé et m’étais joliment cassé la gueule. Pour ne rien arranger, la femme de ménage s’était fait renvoyer, et je n’avais plus eu le droit de toucher à autre chose qu’un aspirateur ou un chiffon à poussière.


Quand j’y repensais, il me semblait que mon père adoptif n’avait peut-être pas fait le bon choix en me plaçant aussi longtemps dans une famille d’accueil. Je n’avais même pas gardé contact avec ce substitut de parents auquel j’avais eu droit, ces tuteurs qui ne m’avaient jamais montré plus d’affection que le strict nécessaire. J’avais été gâtée en cadeaux, on avait cédé à chacun de mes caprices, et tout ça parce que la pension que mon père adoptif leur versait couvrait trois fois les besoins qu’une fille de mon âge aurait eus. Une gamine pourrie-gâtée, considérée par ses tuteurs comme une poule aux œufs d’or, voilà celle que j’avais été à Arlon. J’en avais toujours eu conscience, en fait, et c’est bien ce qui m’avait empêché de m’attacher à ma famille d’accueil. À la place, je m’étais dégotée une belle bande de potes avec qui j’avais découvert que l’amitié guérissait tous les maux. Shun-kun, surtout, avec ses conneries, avait fait de moi la fille extravertie  que tous connaissaient aujourd’hui. Non, décidément, je n’avais pas été malheureuse. Je n’avais jamais eu à me plaindre.


Alors que je m’acharnais sur le premier quart de la salle, n’ayant pas entendu la porte du gymnase s’ouvrir, je sursautai lorsqu’on vint me saluer.


« Oh putain ! » jurai-je dans ma langue maternelle.


Face aux brèves excuses de la nouvelle venue qui, visiblement, se trouvait être l’élève retardataire que j’attendais, j’esquissai un sourire et lui assurai que ça n’était pas grave. Après tout, elle avait fini par se pointer, et c’était déjà un soulagement en soi. Ça irait tellement plus vite à deux…

Quand elle se saisit du deuxième balai, je me permis de la détailler avec plus de curiosité. C’était une très jolie fille, que j’avais déjà remarquée ce matin-même, lorsqu’elle avait fait irruption dans ma classe. La plupart des élèves avaient l’air surpris de la voir, tandis que je ne l’avais moi-même jamais vraiment remarquée. Elle ne me paraissait pas nouvelle au pensionnat, à en juger par l’attitude de nos camarades, mais elle devait être encore moins assidue que moi pour m’avoir échappée aussi longtemps.

En fait, maintenant que je la regardais, elle semblait incapable de se fondre dans n’importe quelle masse. Cette fille était sublime, avec sa silhouette gracile, son corps svelte et élancé, et ses interminables jambes de mannequin. Ses cheveux d’ébène tombant en cascade sur son uniforme un brin négligé, elle exhalait quelque chose de félin qui ne devait laisser aucun homme de marbre.

Intimidée, je m’appuyai sur mon balai et lui demandai, tandis qu’elle me tournait le dos :

« Tu es en mannequinnat, pas vrai ? »


Il n’y avait que dans cette spécialité que j’avais eu l’occasion de voir des filles aussi sublimes, quoi que la beauté de cette créature-là dépassait tout entendement.
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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Jeu 29 Oct - 12:19
Je dus arriver un peu trop silencieusement vu comment l'inconnue à coté de moi sursauta. Mais je ne pu retenir l'esquisse d'un sourire en l'entendant jurer. Il fallait croire qu'elle ne s'y attendait vraiment pas. Pourtant, elle avait bien sorti deux balais puisque j'en avais actuellement un en ma possession. Avait-elle cru que je ne me pointerais pas ? Regardant l'heure, je vis qu'effectivement je n'étais pas en avance. Bah... C'est pas comme si je m'étais déjà pressé pour faire quelque chose. Encore moins une corvée. Fallait pas trop en attendre de moi non plus. Et puis il était vrai qu'il y aurait quand même eut neuf chances sur dix que je la plante en temps normal. On pouvait dire qu'elle avait du pot que ce soit justement aujourd'hui qu'on me foute une corvée sur le dos !

Surtout que... Je me rappelais pas avoir passé le balais de ma vie. Bah ouais, on pouvait dire que j'avais toujours vécu dans le luxe. Encore plus depuis que j'étais montée à Tokyo rejoindre mon connard de paternel. De ce fait, je n'avais jamais tenu un produit d'entretiens ménager entre mes mains. Parce que j'avais toujours été une grosse flemmarde et que bah... Se faire servir, fallait avouer que c'était quand même cool. Bien que cela soit grâce au fric de ce monstre. En fait, je ne m'étais jusqu'alors jamais vraiment rendue compte que tout ce que j'avais, je le lui devais. Après tout, j'avais vécu une grande partie de mon existence sans savoir qu'il existait, donc bon. D'ailleurs, j'étais bien plus heureuse en ce temps là. J'étais avec ma mère et... Mon frère. Qui n'avait pas encore été perverti par le diable en ce temps là. Et même sans père, même avec ces gens qui nous cataloguaient et jugeaient, bah... Je me sentais mieux qu'ici. Mais même si je décidais de repartir la bas, les choses ne seraient plus jamais les mêmes. Et je le savais. Oserais-je seulement regarder de nouveau ma mère en face après avoir du la laisser derrière ? Sûrement pas.

C'est donc assez étrangement que je saisissais le balais et commençais à m'en servir, peu sure de moi. Enfin, j'avais vu pleins de fois les autres s'en servir mais... Ca paraissais moins fatiguant quand c'était les autres qui le faisait, bizarrement ! Et puis ce produit puait et m'attaquait les narines, ce qui ne faisait que me gonfler d'avantage. Soupirant, je regardais comment l'autre fille se débrouillait, mais je me rendis vite compte qu'elle s'était arrêtée et me regardait. Autrefois, je lui aurais dit de détourner le regard, elle aurait pu se brûler la rétine devant tant de perfection. Mais aujourd'hui, blagues et sarcasmes ne semblaient pas vouloir venir, alors je me la fermais et m'évertuais à essayer de continuer de passer la serpillère tant bien que mal. Mais elle finit par m'interpeller, et je me tournais donc de nouveau pour lui faire face, m'arrêtant par la même occasion d'agiter ce balais à deux balles.

« Effectivement, c'est le cas. Pourquoi, tu y es aussi ? » demandais-je en fronçant légèrement les sourcils.


Je ne me souvenais pourtant absolument pas d'elle. Enfin, pas que je fasse particulièrement attention aux gens autour de moi, mais bon... Ce qui m'étonnait plus en fait, c'était qu'elle ne me connaisse pas. Même en A on pouvait entendre parler de moi ! Pas forcément en bien, mais qu'importe ! Et elle, si elle était là, entrain de faire cette corvée avec moi, elle n'était assurément pas dans la classe des intellos. Après, peut être connaissait-elle uniquement mon nom. En fait, je m'en foutais un peu. Si la plupart du temps, j'aimais que l'on me remarque, là, ça me passait au dessus. J'avais juste envie de finir au plus vite, parce que jouer à la femme de ménage, bah, c'était vraiment pas mon trip.
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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Jeu 5 Nov - 15:15

Chloé & Hanako

❝Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive.❞


« Effectivement, c’est le cas. Pourquoi, tu y es aussi ? »


Un rictus mi-amusé mi-désabusé se profila sur mes lèvres. Une grimace tout à fait adorable, si elle n’avait pas eu pour seul but que de traduire le profond seum que je ressentais à cet instant précis. Non. Non je n’étais pas en mannequinat. Non non non, absolument pas, et ça n’était pas faute d’avoir essayé. « Dommage, hein ? » s’amusait une odieuse petite voix en mon fort intérieur. Une petite voix qui ne cessait de me charrier à ce sujet… « Tu es trop grosse, pas assez jolie. Tu n’as ni talent ni prestance, pas même une once de charisme. Qu’espérais-tu ? »

J’avais effectivement demandé à intégrer la classe de mannequinat lors de mon inscription au pensionnat. À vrai dire, c’était la principale source motivation que j’avais trouvée quand mon père m’avait annoncé qu’il tenait à ce que je poursuive les cours malgré le diplôme que j’avais déjà obtenu à l’issu du lycée, en Belgique. Mais il fallait croire que les critères japonais étaient bien différents des occidentaux, car si pour une agence européenne il ne m’avait manqué qu’une bonne dizaine de centimètres et un soupçon d’anorexie pour rentrer dans les normes des top-modèles, je ne faisais clairement pas le poids face aux mannequins japonais. Et pour cause ! Il m’aurait fallu perdre deux tailles de pantalons et avoir recours à la chirurgie esthétique pour me tailler un visage tout aussi parfait que… que… eh bien, que la jeune fille qui me faisait face.

Non, sérieusement, les professeurs m’avaient presque ri au nez, comment une créature aussi sublime que ma compagne d’infortune pouvait croire un seul instant que nous partagions la même spécialité ? Embarrassée, je détournai le regard avec un rire clairement nerveux, et me remis à agiter mon balai devant mes pieds.

« Non, pas du tout… Je fais du volley, rectifiai-je avec un vague sourire. J’ai pas vraiment le profil d’un mannequin… De toute façon je crois pas que mon père me laisserait prendre cette voie. »


En fait, j’avais plutôt l’impression qu’il m’avait demandé de poursuivre les cours dans le but de me sortir cette idée saugrenue de la tête. Sans doute attendait-il de moi que je fasse quelque chose de plus ambitieux… Que je me lance dans le monde des affaires, comme lui. Que je m’intéresse aux firmes multinationales plutôt qu’à m’exhiber avec des fringues de marque. Et ça me frustrait, bien évidemment, d’autant plus que Shunsuke avait, pour sa part, entamé sa carrière d’acteur en grande partie grâce à l’influence que j’avais eue sur mon père pour que son entreprise le prenne sous son aile.

Maintenant, il fallait que je me construise un projet qui tienne la route, pour rendre mon père adoptif fier de moi. Pour toutes ces années où il avait pris soin de moi, et avait assuré mon éducation et mon confort, je lui devais au moins ça…

« Mais, j’en oublie les politesses ! fis-je remarquer en reportant de nouveau mon regard sur le joli visage de la jeune japonaise. Je suis Chloé, et toi ? »


Par un réflexe débile, j’avais tendu la main devant moi, prête à serrer la sienne. Et puis, me rendant compte de l’idiotie de ce geste, j’avais laissé retomber mon bras le long de mon corps, et essuyé machinalement la paume de ma main contre le tablier que j’avais enfilé au préalable, au niveau de ma cuisse. Avec ça, si je n’avais pas l’air conne…

crédit (c) Chaussette
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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Dim 8 Nov - 17:30
Ma question sembla gênée mon interlocutrice, et celle ci souria avant de rire d'amertume. Je connaissais tellement cette attitude. Cette sensation qui nous prenait à la gorge et nous forçait à rire pour se décontracter. Extériorisé. Mais ce n'était pas un son joyeux, non. Mais un son rauque, amer, désillusionné. Combien de fois avais-je eu la même attitude à cause des hommes de ma famille ? Combien de fois avais-je du me sentir plus bas que terre pour avoir à jouer l'hystérique ? Un père hautain, un grand frère prétentieux, un petit-frère menteur... Qui devais-je ajouter à ce tableau des plus risible ? Une mère antipathique ? Une sœur cruche ? Oh oui, j'avais la totale ! Et si on pouvait nous appeler famille recomposée, moi j'appelais plutôt ça une famille dissoute. En fait, nous n'en étions même pas une. Juste de l'extérieur. Pour faire taire les curieux. On nous enviait ? On voulait nous ressembler ? Quelle ironie ! S'ils savaient ce qui se cachait sous ce vernis écaillé... Ils fuiraient. Et c'est ce que j'avais fait. Ou du moins ce que je comptais faire. Je savais qu'un jour je ferais la même chose que Teppei. Et à ce moment là, quand l'attache à mon paternel et ma vie d'avant se briserait, je me sentirais pousser des ailes. Et je renierais tout mon passé comme s'il n'avait jamais existé.

Du volley ? Je me retins de rire. Ah ouais, quand même... Je la détaillais de bas en haut, avant d'hausser les épaules et de laisser échapper un « Je vois. » qui voulais tout dire. Pas que je la critiquais ou autre, mais le volley... C'était vraiment pas un sport que j'appréciais. Et puis la carrière sportive ne m'attirait pas le moins du monde. Etre bodybuildée, non merci ! J'avais toujours été franche, et tant pis si ça ne plaisait pas, mais là, j'avais vraiment pas envie de me crêper le chignon pour une connerie pareille alors qu'on devait nettoyer ce putain de gymnase. Donc je me la fermais. De toute façon, il semblait que volley n'était pas son premier choix, alors bon.

Si elle avait la carrure d'un mannequin ? … La première réflexion qui me vint fut « C'est clair qu'ici, devenir mannequin n'est pas donné à tout le monde. » Mais ce n'était pas pour me vanter ou la rabaisser. C'était juste vrai. Et je me savais irrésistible. Alors pourquoi le nier ? Il y en avait qui était nées pour ça et d'autres... Qui ne pouvaient qu'en rêver, maudissant leur miroir et se goinfrant de crème glacée devant un drama à l'eau de rose. La nature était peut être injuste, mais moi je ne m'en plaignais pas. J'avais tout ce qu'il fallait, là où il fallait.

Puis l'inconnue aborda le sujet de son père, et je ne pus que m'esclaffer. Alors ainsi, il n'y avait pas que mon paternel de rabat joie ? Étaient-ils donc tous des emmerdeurs ? Peut être, après tout, je n'avais plus confiance en aucun homme. Mais si elle avait abandonné son rêve pour un pauvre type, je ne pouvais que l'en blâmer. « Je vois. Donc si ton père te dit de sauter par la fenêtre, tu le fais ? C'est ta vie et ton avenir ou le sien ? » Ça me révoltait, vraiment. Et si d'habitude je n'aimais pas les gens comme ça, qu'on parle ainsi de ce sujet tabou qu'était les pères justement en cette période n'arrangeait rien. « Si tu as laissé tombé à cause de ton vieux, honte à toi. Mais si ce n'est pas à cause de lui, ne rejette pas la faute sur sa gueule. » Parce qu'il fallait se l'avouer, la plupart des gens étaient lâches et se trouvaient des excuses, ou rejetaient la faute sur un autre. Un comportement bien détestable.


La demoiselle se présenta par son prénom, et je ne relevais pas. J'avais vécu aux USA pendant quelques années, et cela ne me gênait pas vraiment. Mais par habitude, je donnais mon nom complet. « Tôgashi Hanako. » Je ne vis qu'ensuite sa main qu'elle m'avait tendue puis rabaissée machinalement, et j'esquissais un sourire en coin. Étais-je si intimidante que ça ? C'était plutôt amusant. Elle ne paraissait pourtant pas timide ou quoi que ce soit. Alors, bien que mes mots de tout à l'heure soient dur, je lui tendais la main et attendais qu'elle la sert. « Enchantée de te rencontrer. » rajoutais-je, mon sourire s'agrandissant légèrement. Bah quoi ? J'avais fait ma BA de l'année.
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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako] Ven 20 Nov - 21:11
Rp archivé, les deux membres ayant été supprimés.

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MessageSujet: Re: « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako]
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« Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » [Chloé & Hanako]

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